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De nombreuses études ont mis en évidence la relation
entre l'alimentation et les maladies chroniques.
Françoise Clavel-Chapelon, directrice de recherche à
l'Inserm a travaillé avec son équipe sur une
étude de cohorte intitulée E3N (étude
épidémiologique prospective auprès des femmes de la
mutuelle générale de l'Education nationale),
financée par la Ligue contre le cancer.
Elle porte sur le suivi de l'état de santé de 100
000 femmes depuis 1990. «En parallèle des
informations sur leur mode de vie et l'évolution de
leur état de santé, nous avons également recueilli
des données biologiques auprès de 25 000 femmes
volontaires, à partir d'un prélèvement sanguin.
Les données de 363 femmes ayant eu un cancer du sein
postérieurement au prélèvement de sang ont été
comparées avec celles des femmes n'ayant pas eu de
cancer du sein.
Les résultats ont montré que les femmes ayant des
taux élevés d'acides gras «trans » dans le sérum,
qui est le reflet de la consommation en produits
manufacturés, ont un risque d'avoir un cancer du
sein presque doublé par rapport à celles
ayant le taux le plus bas.
Par ailleurs, l'étude Epic3 (European
Prospective Investigation into Cancer and Nutrition)
montre que le risque de cancer colorectal pourrait
être réduit en augmentant la consommation de poisson
chez ceux qui en mangent le moins, et en réduisant
celle de viande rouge, abats et charcuterie chez les
gros consommateurs.
Dans l'échantillon des 100 000 femmes, nous
constatons également que les femmes des générations
les plus récentes grossissent plus vite avec l'âge
que celles des autres générations, en partie à cause
de la sédentarité et d'une alimentation riche en
produits manufacturés. ».
Pour l'heure, l'Anses rappelle que «rien ne peut
remplacer en termes de santé une alimentation
équilibrée, diversifiée, en veillant à ce que les
apports énergétiques journaliers ne dépassent pas
les besoins. Par ailleurs, pour réduire les risques
de prise de poids, l'évolution des habitudes
alimentaires doit être associée à une activité
physique régulière.».
Quand le printemps arrive, les régimes
fleurissent !
Vous ne pouvez pas y échapper, toutes les "unes" des
magazines féminins dévoilent les corps de rêve de
jeunes mannequins en maillot de bain et vous livrent
sur un plateau le régime qu'il vous faut.
Pas une minute à perdre si vous voulez entrer dans
votre robe d'été et votre bikini.
Le culte de la maigreur absolue imposée pendant des
années par certains créateurs de mode représente le
modèle parfait à atteindre pour des millions de
femmes.
Derrière cette quête de la minceur se profile aussi
le spectre de l'anorexie qui tue des jeunes femmes
désireuses d'être «belles» à l'image de ces
mannequins victimes de la dictature de la «maigritude».
La foire aux régimes est lancée, et certaines femmes
(et certains hommes de plus en plus nombreux),
parfois en l'absence de surpoids ou de toute
indication médicale, pour des raisons
essentiellement esthétiques mettent leur santé en
danger.
Pour rappel, les données de l'étude INCa 22, menée
par l'Afssa (agence française de sécurité sanitaire
des aliments), montrent que plus de 30% des
femmes ayant un indice de masse corporelle «normal»,
auxquels peuvent être ajoutés 15% des femmes minces
ont suivi un régime amaigrissant pendant l'enquête
ou avaient suivi un régime amaigrissant pendant
l'année précédent l'enquête.
Celles et ceux qui n'en ont pas besoin cherchent à
maigrir, tandisque d'autres sont franchement obèses.
Un Français sur trois est en surpoids
Face à ce phénomène, les pouvoirs publics se sont
interrogés sur les risques liés à ces pratiques.
D'autant que les chiffres du surpoids et de
l'obésité sont assez alarmants avec 32% de personnes
de plus de 18 ans en surpoids - soit un Français sur
trois - et 15% qui sont concernées par l'obésité.
L'Agence nationale de sécurité sanitaire de
l'alimentation, de l'environnement et du travail
(Anses) a donc été saisie par la direction générale
de la santé pour évaluer les risques liés aux
régimes amaigrissants.
Une mission qui s'inscrit dans le cadre global de la
problématique de «l'image du corps», prévue par le
Programme national nutrition santé (PNNS).
Le rapport publié aujourd'hui est le fruit d'un
processus d'expertise collective réalisé par un
groupe de travail composé de scientifiques et
d'experts en nutrition.
Pour le professeur Irène Margaritis, chef de l'unité
nutrition à l'Anses, qui a dirigé la coordination
scientifique de cette étude, le message est clair: «Ceux
qui ne sont ni obèses ni en surpoids, ceux qui ont
un poids de forme, mais qui voudraient perdre
quelques kilos, doivent savoir que faire un régime
n'est pas anodin. Ce n'est en aucun cas une
parenthèse car les modifications physiologiques
peuvent perturber l'organisme durablement. Rappelons
que perdre du poids passe par une restriction
calorique afin d'aller puiser dans les réserves.
Pour y arriver, plusieurs stratégies sont proposées
et ce sont certaines d'entre elles que nous avons
étudiées. Pour ce faire nous avons passé en revue
les phases de 15 régimes parmi les plus couramment
pratiqués.»
Les 15 régimes étudiés, non recommandés
> Régime du Dr Atkins: repose sur une
alimentation riche en protéines.
> Régime californien du Dr Guttersen: vise à
réduire l'accoutumance au sucre.
> Régime « citron détox : constitué d'une
boisson composée principalement de jus de citron et
de sirop d'érable et de palme.
> Régime de la chrononutrition du D' Delabos
: a pour principe «d'associer la consommation
d'aliments à l'horloge biologique du corps».
> Régime du Dr Cohen :la première étape, «le
régime à effet booster », a pour objectif d'obtenir
un amaigrissement rapide (5 kg en 15 jours), grâce à
une alimentation pauvre en « sucre ».
> Régime du Dr Dukan : favorise les protéines
au détriment des glucides et des lipides.
> Régime du Dr Fricker : les protéines ont
une place importante.
> Régime Mayo : les matières grasses, les
sucres, les féculents, les légumes secs et les
laitages sont interdits.
> Régime Miami du Dr Agatston : le pain, le
riz, les pâtes, les pommes de terre, les tartes, les
viennoiseries ainsi que tous les fruits sont
supprimés.
> Régime Montignac : la phase 1 consiste à ne
jamais mélanger les « mauvais » glucides (pain
blanc) avec les lipides (viande) au cours d'un même
repas.
> Régime du Dr Ornish : régime végétarien
très pauvre en lipides.
> Régime scarsdale du Dr Tarnower : les
boissons alcoolisées et les matières grasses sont
supprimées.
> Régime de la soupe au chou : consiste à
boire un bol de soupe à chaque repas pendant 7
jours, suivi par des fruits, des légumes...
> Régime Weight Watchers : axé sur la
motivation et le soutien des pairs apportés aux
membres au cours de rencontres hebdomadaires.
> Régime zone de M. Sears : ce régime
distingue les hommes des femmes
et considère que la prise de poids dépend des
niveaux d'insuline.
Reprise de poids dans 80 % des cas
On l'aura compris, ce travail est destiné à fournir
des repères pour mieux identifier les conséquences
des régimes amaigrissants, et aboutira, dès 2011,
à la publication de recommandations destinées à
réduire les risques associés à ces régimes.
Atkins, citron détox, chrononutrition, Cohen, Dukan,
Fricker, Mayo, Montignac, soupe au chou, Weight
Watchers... les phases des 15 régimes passés au
crible par une équipe de professeurs et de
chercheurs, entraînent des déséquilibres en
macronutriments (lipides, glucides, protéines) en
vitamines et en minéraux (voir encadré p.17).
La pratique des régimes amaigrissants est également
délétère pour l'intégralité du capital osseux et
peut favoriser les risques de fractures.
Pour Irène Margaritis, «l'étude a montré que si des
femmes minces pratiquent des régimes pour perdre un
ou deux kilos, elles courent le risque d'en
reprendre davantage. La principale conclusion de ce
rapport est que la recherche de perte de poids par
des mesures alimentaires doit être justifiée et
accompagnée par un professionnel de santé, médecin
ou diététicien.
Non seulement les régimes amaigrissants ne
permettent pas de corriger les habitudes
alimentaires, mais entraînent souvent des effets
yo-yo où après un régime, on reprend le poids perdu
rapidement plus un ou deux kilos bonus.
La reprise de poids concerne 80% des sujets après un
an et augmente avec le temps. Cette spirale peut
être dangereuse à long terme pour la santé physique
et psychologique.
32 % DES PERSONNES DE 18 ANS SONT EN SURPOIDS
(SOIT UN FRANÇAIS SUR TROIS) ET 15 % SONT CONCERNÉS
PAR L'OBÉSITÉ.
REPÈRES
Les chiffres des déséquilibres alimentaires :
L'analyse nutritionnelle des 15 régimes sélectionnés
ci-dessus, montre des déséquilibres nutritionnels
parfois importants, avec en particulier :
• Des apports en protéines supérieurs à l'apport
nutritionnel conseillé (ANC) dans 80 % des cas ;
• Des apports en lipides (graisses) supérieurs à
l'ANC dans plus de 50 % des cas (40 % sont en
dessous) ;
• Des apports en fibres inférieurs à l'ANC dans 74
des cas et parfois près de dix fois moindres ;
• Des besoins en fer non couverts chez la femme dans
61 % des cas ;
• Des apports en sel supérieurs à la limite
recommandée par l'Organisation mondiale de la santé
dans 58 % des cas
• Des apports en vitamine D, C et E respectivement
insuffisants dans 77 % des cas,
26 % et 35 %.
INTERVIEW
Jean-Michel Lecerf
chef du service nutrition de l'Institut Pasteur de
Lille.
Le groupe de travail de l'Anses, mené par le Dr
Jean-Michel Lecerf, chef du service nutrition de
l'Institut Pasteur de Lille, met en évidence les «
effets néfastes » de régimes amaigrissants.
Maigrir fait grossir !
Question : Tous les régimes sont-ils néfastes?
Jean-Michel Lecerf: Il ne faut pas faire de régime,
surtout quand on n'en a pas besoin. Si vous avez un
excès de poids,
il faut analyser les causes et se tourner vers un
médecin qui va s'occuper réellement de votre santé
et de votre état psychologique.
Il pourra décider d'intervenir sur votre
alimentation, mais jamais de façon dramatiquement
restrictive. On ne le dit pas assez et il faut le
répéter : les régimes peuvent avoir une efficacité
sur la perte de poids, mais s'accompagnent aussi
d'effets secondaires.
Les régimes font aussi grossir...
J.-ML: Effectivement ! Ces régimes présentent
des carences en fibres, vitamines, minéraux,
glucides et, à l'inverse, des excès en sel, en
protéines. Et puis, c'est un paradoxe, mais maigrir
fait grossir ! Chaque régime est moins efficace que
le précédent, et la reprise de poids plus
importante. Les restrictions alimentaires perturbent
durablement le métabolisme et le résultat se traduit
toujours par une perte de la masse musculaire et une
reprise du gras.
Sans compter que l'on peut développer des troubles
du comportement alimentaire.
Comment traiter le risque de l'obésité?
J.-ML: Beaucoup de ceux qui ont mis en place ces
régimes ont fait de l'obésité un business. Il s'agit
d'une maladie extrêmement hétérogène qui nécessite
le diagnostic précis d'un médecin. Attention aux
manipulations diététiques, aux gourous, à l'idéal de
minceur, au mythe de la « maigritude ». Même si
aujourd'hui, il faut admettre que l'on ne sait pas
soigner l'obésité, pour autant il ne faut pas nuire
!
Quels conseils souhaitez-vous apportes ?
J.-ML: Une chose est sûre : il ne faut pas manipuler
son alimentation, mais apprendre à manger en
écoutant sa faim, en retrouvant le plaisir et du bon
sens. Le régime miracle n'existe pas car aucune
méthode ne permet de perdre du poids vite , bien et
durablement.
Gilles GIROT, , VIVRE, 1er Trimestre 2011, N° 349.

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