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Les affections de longue durée
(ALD) comme le cancer peuvent pénaliser les malades
dans leur activité professionnelle. Arrêts maladie
de longue durée, absences prolongées, retour à temps
partiel, perte d'emploi, les circonstances qui
induisent une baisse d'activité sont nombreuses.
Outre la baisse de revenu, travailler moins a des
conséquences sur les cotisations de l'assurance
retraite.
Raymonde, 92 ans, témoigne: «Après deux cancers,
le docteur m'a obligée à travailler à mi-temps.
Naïvement, je ne pensais pas que cela aurait un
impact sur mes cotisations. Le jour de la retraite
venue, celle-ci ne s'élevait qu'à 700 euros par
mois! Si je ne percevais pas aujourd'hui la retraite
de mon mari, je serai démunie. Et encore, j'estime
avoir eu de la chance, moi, j'ai connu le plein
emploi. »
Une durée de cotisations rallongée
Selon la réforme de la retraite, l'âge légal sera
progressivement augmenté pour passer de 60 ans à 62
ans en 2018. De même, l'âge de 65 ans qui permet
actuellement de prétendre à une retraite au taux
plein quel que soit son nombre de trimestres de
cotisations, passera à 67 ans
d'ici à 2018. Il faudra donc travailler plus
longtemps et plus vieux.
Cette prolongation de la durée d'activité implique
que les personnes qui souhaiteront partir, notamment
lorsque la maladie les y contraint, avant 67 ans
sans avoir suffisamment cotisé subiront une pénalité
sur leur pension.
«Maman de trois enfants, j'ai choisi de cesser de
travailler pendant cinq ans. Puis j'ai dû faire face
à un cancer des ovaires qui a retardé ma reprise
d'activité. Après une coupure de près de sept ans,
retrouver un emploi a été difficile, explique
Patricia, 49 ans. Aujourd'hui, je suis secrétaire
médicale dans le privé. Je sais déjà qu'à 60 ans et
même 62 ans, je serai loin d'avoir cumulé tous mes
trimestres. Pour ne pas subir de décote sur ma
pension, je sais que je dois travailler jusqu'à 65
ans voire 67 ans avec la réforme! Est-ce que je vais
pouvoir tenir jusque-là ? Et si je fais une rechute,
quelle perspective me reste-il ?»
Une retraite à taux plein: un mirage ?
Commencer à travailler après de longues études,
interrompre sa carrière pour élever ses enfants ou
rencontrer des périodes de chômage ne sont pas les
seules circonstances qui rallongent la durée de
cotisation. La maladie vient aussi perturber la
carrière. Un salarié gravement malade peut
rencontrer de nombreuses difficultés pour reprendre
son activité.
«A 52 ans, je suis en procédure de licenciement.
Après mon cancer du rein, mon employeur a voulu se
séparer de moi, confie anonymement un commercial
dans l'informatique. Après la maladie, je dois à
présent batailler pour négocier un bon licenciement
qui me donnera un peu de temps pour décrocher un
nouvel emploi. Je suis assez fataliste pour ma
retraite. Pour une pension à taux plein, il me faut
encore travailler plus de 15 ans. Je suis passé dans
la tranche des seniors. Malgré mon réseau, retrouver
un emploi à mon âge sera beaucoup plus difficile. »
Invalidité et inaptitude au travail, un
dispositif particulier pour les personnes
malades
Une maladie longue comme le cancer peut empêcher la
reprise ou la poursuite du travail. La retraite peut
alors être anticipée au titre de l'inaptitude au
travail. En remplacement d'une pension d'invalidité
(voir encadré p. 27) ou sur demande pour les
personnes devenues inaptes, la retraite pour
inaptitude permet d'obtenir une retraite calculée au
taux maximum de 50 % dès 60 ans, quel que soit le
nombre de trimestres cotisés.
«J'ai contracté une hépatite C au début des
années 1990, puis j'ai eu un cancer du poumon. Très
tôt, j'ai été considéré comme invalide pour la
Sécurité sociale, explique Bruno, 60 ans.
Cependant, le médecin du travail m'a tout de même
déclaré apte au travail. Je n'ai donc jamais cessé
de travailler. »
Avant 60 ans, être déclaré invalide et percevoir
une pension d'invalidité, qui est calculée sur les
dix meilleures années de salariat, n'empêche
nullement de travailler.
«En mars 2004, mon état de santé ne me permettait
plus d'assurer un temps plein. La fatigue physique,
psychologique et la gestion de la douleur, tout cela
était trop éprouvant. J'étais vraiment usé. J'ai eu
beaucoup de chance, mon employeur a été compréhensif
et m'a permis d'aménager mon temps de présence au
bureau. J'ai pu faire du télétravail. A cette
époque, j'ai choisi de cumuler un mi-temps avec ma
pension d'invalidité. J'ai perdu 1/3 de mes revenus.
»
Malgré la perte de salaire, l'invalidité peut
présenter un avantage lors du passage à la retraite.
Quand vous êtes en invalidité, vous êtes
automatiquement à la retraite à 60 ans sans décote,
sauf si vous travaillez et que vous vous y opposez.
«Normalement, j'aurais dû partir à la retraite à
62,5 ans. Mais le système m'a été favorable. J'ai pu
partir dès 60 ans. Je pense sérieusement que mon
état de santé ne m'aurait pas permis de tenir deux
ans et demi de plus ! »
Quel que soit le nombre de trimestres cotisés, une
personne considérée comme inapte au travail (dont
font notamment partie les invalides percevant une
pension, comme Bruno) peut toucher une pension
retraite à taux plein.
«La retraite pour inaptitude peut également être
demandée par les personnes qui atteignent l'âge de
soixante ans et qui sont en difficulté pour
continuer à travailler du fait de la maladie»,
précise Véronique Kornmann, chargée de mission
droits des personnes à la Ligue nationale contre le
cancer auprès de la délégation actions pour les
malades.
«L'inaptitude au travail doit être
reconnue par le médecin-conseil de la caisse de
retraite au vu d'un dossier médical. Peu de
personnes malades connaissent ce dispositif que la
réforme ne devrait pas changer, si ce n'est pour
l'âge qui devrait être reculé à 62 ans. Ce seront
donc deux années supplémentaires qu'il faudra
travailler alors que la maladie a souvent occasionné
une usure prématurée de l'organisme », signale
Véronique Kornmann.
Séverine Aubert
Repères
• La France compte 16 millions de retraités
• La pension moyenne d'un retraité est de 1 400 €
par mois
• La pension moyenne pour une carrière complète (60
% de retraités) est de 1 700 euros par mois

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