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Quand on est parent et qu'on souffre d'un cancer,
annoncer sa maladie à son enfant est une épreuve
supplémentaire. Ne pas lui en souffler mot le
protégera de l'angoisse, pense-t-on. Mais c'est
plutôt l'inverse qui se produit. L'enfant imagine
toujours le pire ! Voici quelques conseils afin que
cette annonce se fasse le plus en douceur possible.
C'est l'histoire d'un petit garçon de 6 ans, que
l'on appellera Jérémy.
Son père a été opéré d'un cancer de l'intestin un an
auparavant et suit une chimiothérapie.
Avant l'intervention, ses parents lui avaient
précisé que «papa a une boule dans le ventre, mais
grâce à cette opération il va guérir ».
Personne n'a jamais prononcé le mot « cancer »
devant lui.
Un soir, il confie à sa mère son regret de ne pas
avoir « une poudre de perlimpinpin pour empêcher
que papa meure ».
Comme les parents de Jérémy, nombreux sont ceux qui
sont tentés de taire la gravité de leur maladie à
leur enfant ou de ne pas lui en parler du tout.
« Dans l'inconscient collectif, le cancer est
très lié à la mort, indique Nicole
Landry-Dattée, psychologue et psychanalyste.
En en disant le moins possible, les parents veulent
protéger l'enfant de l'angoisse de mort qu'ils ont
eux-mêmes ressentie au moment de l'annonce du
diagnostic.
Ils se protègent aussi de leur propre angoisse, car,
s'ils disent la vérité à leur enfant, ils craignent
que celui-ci ne leur demande : "Est-ce que tu vas
mourir ?" »
Mais l'enfant n'est pas dupe. Il a remarqué que son
quotidien a changé : ses parents sont tristes, l'un
d'eux est fatigué et ne travaille plus, ses
grands-parents viennent plus souvent le chercher à
l'école...
Il perçoit aussi l'angoisse diffuse qui circule dans
la famille. Et, surtout, il culpabilise.
« Les enfants ont l'impression que tout tourne
autour d'eux, poursuit Nicole Landry-Dattée.
Cet égocentrisme est encore plus prégnant entre 3 et
5 ans, période où la pensée magique est très active.
Du coup, ils se sentent responsables de tout ce qui
arrive à leurs parents. »
À cet âge-là, le complexe d'Oedipe est très actif.
Tout enfant désire alors inconsciemment prendre la
place du parent du même sexe, afin de « s'unir » au
parent du sexe opposé (le père pour une fille, la
mère pour un garçon).
Évidemment, si le « parent-rival » tombe malade ou
décède, son fantasme pourrait devenir réalité, ce
qui décuple son angoisse. Toutefois, la culpabilité
n'est pas l'apanage des enfants de cette tranche
d'âge. Donc, première étape pour les parents :
délester leur bambin de sa culpabilité par des mots
simples, comme « Tu sais, ton père/ta mère est
malade, mais tu n'y es pour rien, personne n'y est
pour rien ».
Dialoguer avec l'enfant entre le diagnostic et le
premier traitement semble un bon compromis.
Etre au plus près de la réalité
L'annonce de la maladie doit être faite en présence
de toute la fratrie. Mais la réassurance ne suffit
pas. Il faut dire la vérité à l'enfant, sans
précipitation, c'est-à-dire pas avant d'avoir
soi-même « digéré » le traumatisme de l'annonce du
diagnostic.
Il ne faut pas non plus trop attendre.
Dialoguer avec l'enfant entre le moment où le
médecin a posé le diagnostic et le démarrage du
premier traitement semble un bon compromis.
Mais à partir de quel âge peut-on annoncer son
cancer à son enfant et avec quels mots ? « À tout
âge, répond Nicole Landry-Dattée, même si le
dialogue diffère selon l'âge de l'enfant. Par
exemple, le bébé est très sensoriel. On peut le
prendre dans ses bras et lui dire avec des mots très
simples qu'on se sent triste et pourquoi on l'est Au
travers des mots, il décryptera notre désir
d'authenticité et l'affection qu'on lui porte, ce
qui le rassurera. »
Pour les enfants plus âgés, on peut s'appuyer sur ce
qu'ils savent déjà. Et dérouler le fil de l'histoire
avec de vrais mots, idéalement en présence du parent
non malade. Le tout en étant au plus près de la
réalité. Exemple : « Tu as remarqué que maman ne
travaille plus, car on a découvert que j'avais une
boule dans le sein. Je suis allée voir le docteur et
j'ai fait un examen. On s'est rendu compte qu'il y
avait de mauvaises cellules. On a vu que c'étaient
des cellules cancéreuses. C'est pour ça que cette
maladie s'appelle un « cancer . Maintenant,
je vais avoir un traitement et on va tuer ces
cellules cancéreuses. »
Inutile en revanche d'abreuver l'enfant
d'informations. Il ne faut pas craindre de prononcer
le mot « cancer » à la fin de la discussion.
Si l'on
n'emploie pas les vrais mots, l'enfant découvrira à
un moment donné qu'on cherche à le tromper et se
sentira trahi.
Finalement, que l'on s'adresse à un
enfant de 3 ans ou à un enfant de 10 ans, les mots
diffèrent peu.
Ce qui change, ce sont ses questions
à lui. Les plus âgés poseront des questions plus
pointues : « C'est quoi, un cancer ? », « C'est
quoi, ton traitement ? ».
Ce n'est pas une question tant d'âge que de maturité
psychique. Les jeunes enfants posent parfois des
questions auxquelles les parents ne s'attendaient
pas !
L'apparente indifférence
Ce n'est pas forcément au moment de l'annonce que
les questions de l'enfant fusent, mais bien plus
tard.
Normal, il a besoin d'un peu de temps pour assimiler
cette mauvaise nouvelle. Il faut le laisser revenir
lorsqu'il souhaitera davantage d'explications.
De nombreux parents ont peur de craquer lorsqu'ils
annoncent leur cancer à leur bambin. Pas de panique
si des sanglots éclatent. Non, ce n'est pas un aveu
de faiblesse mais de profonde humanité. Si l'on ne
peut pas protéger l'enfant du choc affectif de
l'annonce, on peut l'amortir, en étant le plus
authentique possible. Il est bon d'éviter les «
Sois fort et ne pleure pas ».
N'est-il pas en effet légitime que l'enfant pleure,
se mette en colère ou soit triste dans ce contexte ?
Mieux vaut le câliner tout en le rassurant : « Oui,
tu as le droit d'être triste mais, ne t'inquiète
pas, nous allons trouver des solutions. »
D'aucuns
peuvent être désarçonnés par l'attitude des bambins
qui ne manifestent aucune émotion après l'annonce de
la maladie. Une fausse indifférence due souvent à la
sidération psychique du choc de l'annonce.
Pas
d'inquiétude, l'enfant a juste besoin d'un peu de
temps pour assimiler cette nouvelle.
Il est
important de reconnaître sa souffrance en lui
glissant : « Ce n'est pas parce que tu ne dis
rien que tu n'en penses rien (tu ne dis rien, mais
je sais que ça te fait mal). C'est sans doute trop
difficile pour toi d'en parler maintenant, alors on
en parlera quand tu pourras. »
Les psys sont
unanimes : ce sont les parents qui doivent annoncer
cette triste nouvelle à l'enfant, et personne
d'autre.
Ceux qui ont peur de ne pas trouver les
mots justes peuvent faire appel à un proche, ou à un
psychologue spécialisé. C'est justement pour venir
en aide aux familles que Nicole Landry-Dattée et le
Dr Marie-France Delaigue-Cosset, médecin
anesthésiste-réanimateur, ont créé les premiers
groupes de parole parents/enfants à l'institut
Gustave-Roussy. Décryptant ainsi le désir profond de
ces enfants, qui réclament « la vérité de nos
parents, avec des mots gentils ».
Les psys sont unanimes, ce sont les parents qui
doivent annoncer cette triste nouvelle à l'enfant.
Le poids du silence
Il est des parents qui s'écrient : « Mais à quoi
ça sert que mon enfant sache que j'ai un cancer, il
l'apprendra bien assez tôt ! ».
Mais les enfants
sont intuitifs. Quand on leur cache quelque chose,
ils cherchent à savoir quoi.
Du coup, ils épient les
conversations, surveillent les adultes... et ils se
sentent coupables d'avoir transgressé l'interdit de
savoir. La porte ouverte à l'angoisse ! Lorsque plus
tard ils découvrent la vérité, ils n'ont plus
confiance en leurs parents ni en eux-mêmes.
Si l'on
ne leur a rien dit, n'est-ce pas en effet parce
qu'ils ne sont pas dignes de confiance ?
Ces mensonges ont des répercussions sur la vie de
ces enfants : ils peuvent devenir revendicatifs,
avoir une vie affective très instable...
Certains
parents cachent tout de leur maladie à leur bambin,
pour ne pas l'angoisser. L'enfant n'apprend la
vérité parfois qu'après la mort de son père ou de sa
mère. Il subit alors un double traumatisme.
« Si la confiance a été perdue, si le mensonge est
venu altérer la relation, si la vérité a été
esquivée, les familles ont besoin d'être aidées pour
retisser ce lien », précise Nicole Landry-Dattée.
Christine Angiolini. Les proches N° 14, avril
2010

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