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Les Impatientes
Il faut que l'on vous dise ....
Nous sommes des
femmes, atteintes plus ou moins gravement d'un
cancer du sein. Nous n'avons pas les mêmes formes de
cancer, nous n'avons pas eu les mêmes traitements,
ni connu les mêmes forces, le même courage, les
mêmes désespoirs. Nous ne sommes pas les mêmes
femmes, chacune a son histoire, mais nous avons
quelque chose en commun à vous dire…
Vous nous
dites... "Il faut garder le moral !"
Oui, nous
essayons de garder le moral et nous vous étonnons de
l'avoir, ce moral. Mais attention, sachez que
parfois, on vous ment parce que l'on veut vous
protéger ! Alors, quand nous pleurons, même si vous
avez mal, laissez-nous pleurer, nous en avons
besoin… Pour évacuer notre peur, notre douleur,
notre révolte… Et si vous-mêmes, vous ressentez le
besoin de pleurer avec nous, faites-le, nous ne vous
en voudrons pas.
Acceptez l'aide
des vôtres pour vous aider à nous aider ! Cessez de
nous dire qu'il faut tenir le coup et être forte,
accordez nous le droit d'être un peu faible, surtout
quand nous sommes avec vous… Nous ne vous demandons
pas de nous assister, mais de nous ménager… Si nous
allons nous allonger, ce n'est pas parce que nous
baissons les bras, c'est parce que nous avons un
immense besoin de nous reposer… Non, une promenade
au grand air, à la place, ne nous fera pas de bien,
nous n'en avons pas la force…
Proposez-nous
de l'aide concrète. Par exemple : dites : " Laisse,
je vais porter ton pack de lait, je vais aller
chercher tes enfants " plutôt que de nous lancer "
Tu as besoin de quelque chose ? ", ce qui nous met
dans une situation de dépendance… Savez-vous que
notre moral ne dépend pas uniquement de notre
guérison, des bonnes ou des mauvaises nouvelles,
mais aussi des conséquences parfois dramatiques de
cette maladie sur notre quotidien : baisse des
revenus, perte de l'activité professionnelle, coût
des prothèses, des transports…
Nous sommes
malades et nos traitements sont épuisants. Nous
comprenons que votre souhait le plus cher soit que
nous ne nous conduisions pas en malades et nous nous
efforçons de ne pas le paraître (certaines d'entre
nous continuent à travailler, toutes restent des
mères et des épouses attentives durant leurs
traitements…) C'est auprès de vous, nos familles,
nos amis que nous enlevons, parfois, nos masques de
femmes fortes et courageuses, nous vous demandons
d'accepter ce rôle ingrat, d'accepter notre vrai
visage…
Peut être qu'au
lieu d'un " ça va ? " qui semble ne pas supporter
autre chose qu'une réponse positive, aurions-nous
besoin d'un " raconte-moi "…
Vous nous
dites...De nos jours "ça" se soigne
On le sait,
vous nous le dites… tellement souvent qu'on se
demande qui vous voulez rassurer ! Vous connaissez
tous quelqu'un qui s'en est sorti… Il y a eu de gros
progrès, c'est vrai, mais " ça " ne se soigne pas
toujours ! Notre peur de la récidive, des
métastases, de l'atteinte de l'autre sein, d'avoir à
se battre à nouveau est permanente et incontrôlable…
Et sachez aussi que certaines de nos sœurs sont
parties, il y a quelques mois, elles avaient les
mêmes traitements que nous et la même volonté de
s'en sortir… Chaque contrôle est un supplice, chaque
attente de résultats est insupportable, chaque
kyste, chaque bouton nous deviennent suspects…
Vous nous
dites..."On peut vivre avec un sein, pour moi, tu es
comme avant, la féminité ne s'arrête pas à tes seins
!"
Nous savons que
vous êtes sincères en nous disant cela… Nous savons
que vous nous aimez malgré tout et que vous nous
acceptez telles que nous sommes (bien que certains
époux, certains compagnons aient profité de cette
épreuve pour résilier les bons et loyaux services de
leur compagne depuis 25 ans… Ils n'ont pas supporté
et sont allés consoler leur immense chagrin dans les
bras d'une plus jeune qui avait, elle, ses deux
seins…)
Mais nous, nous
savons que nous ne sommes plus comme avant… Plus
question de jeter un regard au miroir avant d'avoir
habillé notre corps mutilé, avant d'avoir tout bien
camouflé, vérifié que "ça ne se voit pas". On ne
s'attarde plus sous la douche, les rayons et les
vitrines de lingerie nous font mal, les photos dans
les magazines nous mettent les larmes aux yeux…
Pardonnez-nous de devenir pudiques à l'extrême, de
ne plus avoir envie de vous séduire… Il ne nous
reste qu'un sein … Acceptez de nous entendre parler
de ce que l'on ressent, de ce que l'on souffre...
Bien sûr on peut vivre sans, mais ce serait mieux
avec !
Vous nous
dites..."La chimio, ils ont fait des progrès !"
Et heureusement
! Elle nous laisse à terre, sans cheveux, vomissant,
perdant nos dents et nos ongles, elle nous affaiblit
et chaque séance, chaque cure est une torture….
Prenez le temps de nous accompagner pour nous
distraire et nous tenir la main lors des injections…
Les brûlures, les douleurs, l'insensibilité, tout
cela est invisible (nous dépensons une énergie folle
à les cacher) mais permanent… Les sautes d'humeur,
nos appels au secours, nos colères, nos révoltes ne
sont pas contre vous, ils sont l'expression de notre
détresse, de notre douleur…
L'hormonothérapie ménopause la plupart d'entre nous.
Savez-vous ce que cela représente de chaleur… Oui,
nous sommes en vie…Mais que de bouleversements !
Vous nous
dites..."La chirurgie esthétique fait des miracles
!"
Ce n'est pas de
la chirurgie esthétique, c'est de la chirurgie
reconstructrice : les chirurgiens font ce qu'ils
peuvent, avec des cas très difficiles à " rattraper
", c'est souvent très douloureux et mutilant !
Malgré tout, nous en avons besoin et cette chirurgie
fait partie de notre traitement. Or nous entendons :
" As-tu vraiment besoin de ça ? N'as-tu pas eu assez
de soucis comme ça ? "
Accompagnez-nous, encouragez-nous dans cette
démarche qui est difficile ! Il nous est difficile
de rencontrer à nouveau le corps médical, nous
allons encore changer d'image corporelle et comme
nos cicatrices, nous n'avons pas toujours envie de
la montrer, ni de la partager !
Quelle belle
poitrine nous avons et comme vous en êtes fiers…
Sauf que nous, nous aurions préféré garder nos deux
seins … même moins " jolis " mais les nôtres…!
Certaines d'entre nous n'envisagent pas cette
reconstruction : elle leur fait peur, elles ne sont
pas prêtes ou n'en voient pas la nécessité. Merci de
respecter ce choix, de ne pas essayer de les
persuader du contraire…
Vous nous
dites..."C'est fini, maintenant, tu es guérie !"
Les traitements
sont finis, la vie reprend son cours … Vous voilà
rassurés… et tout est comme avant… Tout sauf nous !
Vous retournez
à votre vie après nous avoir tant entourées et vous
nous laissez à la nôtre qui ne sera plus jamais
comme avant… Nous restons là avec le corps meurtri,
la peur, le calme après la tempête, sans force… Et
là, le sujet devient tabou… Nous nous sentons
abandonnées… Nous n'osons plus vous en parler de
peur de vous choquer, vous n'osez plus nous en
parler de peur de nous déranger, d'éveiller de
mauvais souvenirs… Pourtant, osez nous poser la
question : " Et toi, comment ça va dans ta tête ? "
Nous en avons encore besoin, acceptez que l'on vous
parle encore et que l'on pleure encore…
Osez dire :
" ton cancer " et non " tes ennuis, tes soucis, tes
problèmes
Le mot n'est ni
tabou ni contagieux… Oui, nous avons eu ou nous
avons un cancer du sein et nous voulions vous le
dire…
Nous
voulions aussi vous dire... Merci
A vous nos
maris, nos compagnons, notre amour,
A vous tous,
famille, amis, collègues, relations proches ou
lointaines qui nous avez entourées, qui avez voulu
et su être présents :
Merci à vous
qui gardez au plus profond de votre peau, de votre
cœur, les marques de nos griffes, celles de notre
souffrance physique et morale, de notre rejet, de
notre désespoir, de nos angoisses, de nos peurs et
de nos appels au secours, c'est à vous que nous
avons hurlé, parfois en silence, ce ras-le-bol des
traitements, des examens...
Merci d'avoir
compris qu'il s'agissait de NOTRE cancer, de l'avoir
reconnu et pris en compte dans votre attitude,
d'avoir accepté notre agressivité (non désirée par
nous mais présente tout de même) en la dissociant de
nous : c'est le cancer qui parlait...
Merci de
n'avoir jamais oublié malgré notre physique, notre
image dégradée, que nous étions toujours des femmes.
Merci d'avoir
compris que, malgré toute votre affection, vous ne
pourriez pas ETRE A NOTRE PLACE et au lieu de dire "
je suis là " d'avoir agi en ce sens sans prononcer
ces mots. Merci d'avoir senti que nous étions "
entre parenthèses " et d'y être entré avec nous sans
rien demander en retour.
Nous vivons
ensemble ou côte à côte "pour le meilleur et pour le
pire" et depuis quelques mois ou quelques années,
nous vous offrons le pire et vous le meilleur. Mais
vous savez très bien que si les rôles s'inversaient,
il en serait de même...
Merci d'avoir
lutté et de combattre toujours avec nous, à nous
aider à redessiner et à recolorer nos lèvres d'un
sourire, de nous avoir permis de ne jamais quitter
des yeux la lumière de l'espérance.
Merci d'avoir
été et d'être vous pour nous. Merci de nous avoir
laissée être nous pour vous. Merci enfin de nous
avoir permis d'être nous pour nous.
Notre
reconnaissance est à la mesure de notre amour :
immense.
Les impatientes :
le
premier réseau de femmes atteintes du cancer du
sein. Pour celles qui ne veulent plus subir la
médecine en étant simples patientes, pour celles qui
ont envie de prendre leur santé en main, pour celles
qui pensent que la vie n'attend pas : c'est ici et
maintenant.
Les Impatientes, ce nom est
un petit clin d'œil aux patientes atteintes du
cancer du sein et à leur attente, si longue, à
chaque étape de la maladie. Nous restons un forum
destiné à celles qui recherchent de l'information
sur le cancer du sein, qui veulent échanger pour
mieux comprendre leur combat et être au cœur de
l'équipe soignante, active.
La participation est anonyme (si vous le souhaitez)
et gratuite. La lumière est toujours allumée ici.
Pourquoi des pissenlits ? car ils sont si
représentatifs des petits bonheurs éphémères que
nous devons apprendre à saisir... et pour rappeler
aussi que la vie, c'est ici et maintenant, autour de
vous, dans ces petits moment soufflés, volés, et
surtout pas dans les statistiques médicales du
net...
La recherche contre le cancer du sein avance, les
patientes s'impatientent et commencent à être
(enfin) écoutées... leur vécu et leur parole se
dissémine comme les akènes du pissenlit... Le vent
les portera.
Le texte que
vous venez de lire est tiré du site
www.lesimpatientes.com

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