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La prévention du cancer du col de l'utérus : Une
urgence mondiale
En une vingtaine d'années, le
Papillomavirus Humain (HPV), agent responsable du
cancer du col de l'utérus a été découvert, des tests
de dépistage des HPV cancérigènes ont été validés,
et la vaccination a été mise au point.
Pourtant aucune mesure concrète ne laisse présager
une baisse de la mortalité, notamment dans les pays
en développement qui sont les plus touchés.
Améliorer l'information, développer un dépistage
performant, étendre la vaccination : tels étaient
les principaux thèmes abordés lors du 20ème congrès
d'EUROGIN qui a eu lieu à Monte-Carlo du 17 au 20
février 2010.
Le bilan de la vaccination
à plus de deux ans :
Après trois ans de commercialisation du vaccin en
France et quatre ans aux Etats Unis, les données
enregistrées confortent les espoirs fondés sur ces
vaccins.
L'efficacité optimale, la tolérance acceptable, l'immunogénicité
élevée se confirment avec le temps.
Cependant, en France, seulement 1,1 million de
jeunes femmes avaient été vaccinées contre les HPV.
Moins de 25 % des jeunes filles de 14 ans en ont
bénéficié.
Tant que ce chiffre n'atteindra pas 50 %, on ne
pourra tirer de conclusion sur la diminution future
des cancers du col de l'utérus
Pour une recherche au bénéfice
du patient
Editorial du Dr Joseph Monsonego, Président du
Comité scientifique d'EUROGIN (extraits)
Près de 200 participants venus de 90 pays se
réunissaient à nouveau pour partager expériences,
recherches et innovations dans un domaine ou les
progrès scientifiques ne cessent d'évoluer. Cette
année, EUROGIN célèbre plus de vingt ans d' efforts
et
d'avancées dans la lutte contre Ie cancer du col
utérin, l'infection à papillomavirus et la prise en
charge des pathologies associées.
La découverte de l'agent
responsable du cancer du col utérin a ouvert la voie
à son dépistage et à sa prévention par la
vaccination.
Jamais dans l'histoire du contrôle d'une maladie,
les progrès n'ont été aussi rapides et la recherche
aussi foisonnante, offrant ainsi tous les
ingrédients pour accélérer
l'éradication du cancer du col utérin.
Cette remarquable révolution s'est matérialisée par
la remise du prix Nobel de médecine au Pr Harald zur
Hausen, président du premier congrès d'EUROGIN.
Ce constat positif ne doit cependant pas occulter
quelques désillusions.
Devant une maladie évitable, qui continue de frapper
des milliers de victimes chaque année, nous ne
pouvons que ressentir frustration et insatisfaction
face au fossé qui sépare le bond gigantesque de la
recherche et les carences de l'accès aux soins pour
tous et de la prise de conscience du public.
Nulle part dans le monde, nos efforts ne se sont
traduits par une réduction mesurable de la maladie
et de la mortalité.
La maladie n'a pas reculé dans les pays en voie de
développement.
Et même dans les pays industrialisés, nous n'avons pas su nous mobiliser suffisamment et prendre en
compte les attentes des malades, souvent saisis par
les craintes, les peurs et les préjugés.
Face à cette situation, des
organisations féminines se sont mobilisées autour de
Woomen Against Cervical Cancer (WACC) pour
encourager les initiatives destinées à promouvoir
l'accès aux soins, l'accompagnement des malades et
l'éducation du public pour Ie sensibiliser au
dépistage et, bien entendu, à la prévention.
Prévention des infections à
HPV : Améliorer l'information
Les campagnes de vaccination contre le
papillomavirus (HPV) sont désormais bien installées
dans plusieurs pays.
Les diverses campagnes vaccinales européennes ont
abouti, jusqu'à présent, à des résultats et à des
taux de couverture variables.
En France, le remboursement de la vaccination par la
Sécurité sociale depuis juillet 2007 permet d'avoir
une estimation du taux de couverture actuel, qui
n'est pas encore optimal.
Une étude (R. Rouzier) s'est
intéressée aux remboursements des doses vaccinales,
effectués par la CPAM de Paris entre juillet 2007 et
mai 2009, chez les femmes et jeunes filles de 14 à
23 ans affiliées.
Le taux de couverture, pour au moins une dose, n'est
que de 17 %.
Par ailleurs, la compliance n'est pas satisfaisante
non plus, car seules 43 % des affiliées ayant
commencé la vaccination ont reçu les trois doses.
26 % ont été remboursées pour 2 doses
et 31 % pour seulement une dose.
Les raisons
expliquant cette situation sont nombreuses.
Parmi elles, on peut noter la mauvaise connaissance
du rôle du HPV dans le cancer du col et de l'intérêt
du vaccin.
Beaucoup d'idées fausses.
Une étude italienne (F. Sopracordeevole) auprès de
906 lycéens (moyenne d'âge 15,7 ans), montre que
près des trois quarts ont entendu parler du HPV.
Parmi ces adolescents, 73 % connaissent le mode de
transmission sexuelle et 88 % savent qu'il est une
cause de cancer cervical.
En revanche, seuls 20 % connaissent le lien avec les
verrues génitales.
Plus de la moitié des adolescents rapporte comme
facteur de risque d'infection à HPV une mauvaise
hygiène corporelle et 5,4 % le tabagisme.
Plus préoccupant, 23 % croient que le HPV est une
cause de sida, et pire, 10,6 % pensent que la vaccination
anti-HPV peut protéger du sida.
Les parents des adolescents jouent également
un rôle important dans la réussite d'une campagne
vaccinale et sont une des cibles des campagnes
d'informations et de sensibilisation.
Dans une enquête suédoise (L. Ammheim Dahlstrom),
parmi les 20 000 parents d'adolescents de 12 à 15
ans interrogés, seuls 24 % (17 % de pères et 29 % de
mères) ont entendu parler du HPV.
Quelles raisons au refus de la vaccination ?
Dans une étude danoise (G. Lee Mortensen) ayant
interrogé 839 jeunes femmes âgées de 16 à 25 ans,
près de la moitié dit accepter de se faire vacciner,
mais seules 24 % ont débuté ou terminé le schéma
vaccinal, alors que 28,8 % refusent le vaccin.
Dans une enquête française (H.
Borne), menée auprès de mères de jeunes femmes âgées
de 14 à 23 ans, 45,2 % des mères sont favorables à
la vaccination de leur fille, mais 42,1 % préfèrent
attendre ou y sont opposées.
Dans le groupe non favorable au vaccin, plus d'un
tiers des femmes pensait en fait que leur fille
n'était pas concernée.
Les facteurs significativement
associés à une meilleure acceptabilité du vaccin
sont un âge inferieur à 50 ans, le fait d'avoir
antérieurement vacciné leur enfant contre Ie
pneumocoque et la connaissance de la population
ciblée par le vaccin.
Dr Camille CORTINOVIS. Quotidien du Médecin N°
8710. Mercredi 17 février 2010.
Plaidoyer de la WACC (Women Against Cervical
Cancer)
"Il est aujourd'hui possible d'envisager
l'éradication du cancer du col de l'utérus",
note Pamela Morton, membre de la Task Force de
la World Association Against Cervical Cancer (WACC].
« Nous avons en effet deux armes majeures pour
prévenir ce cancer, la vaccination et Ie dépistage
et, dans un futur proche, nous devrions aussi
disposer largement des tests HPV. »
Le réseau international WACC regroupe de nombreuses
associations mobilisées dans la lutte contre le
cancer du col aussi bien dans les pays en
développement que dans les pays développés.
« Si, dans les premiers, il s'agit de tout mettre en
œuvre pour que les femmes accèdent enfin à la
prévention, dans les seconds il reste aussi beaucoup
à faire », souligne Pamela Morton.
En effet, bien que le dépistage et la vaccination
soient disponibles, souvent gratuitement, bon nombre
de femmes n'y adhèrent pas.
« Des efforts d'information et des campagnes
d'éducation doivent se développer, insiste
Pamela Morton, notamment envers les jeunes femmes
de 18 a 26 ans, qui risquent de passer à coté de la
vaccination et du dépistage.
Frottis anormal
: une annonce
difficile :
Les résultats d'une enquête révèlent que, malgré les
explications du médecin et le soutien de
l'entourage, cette annonce, dont les modalités sont
variées, génère de
l'inquiétude qui persiste lors des traitements.
Davantage d'information est souhaité par les femmes.
Une enquête a été menée dans plusieurs pays afin de
mieux comprendre l'impact provoqué par l'annonce à
une femme d'un frottis anormal. 1.477 femmes y ont
participé : 765 en France, 467 en Espagne et 245 au
Portugal.
Dans chaque pays, durant 5 mois au cours de l'année
2008, 40 gynécologues ont remis un questionnaire aux
femmes ayant eu un frottis anormal.
Les résultats ont montré que les modalités de
l'annonce avaient été variées :
-courrier du médecin demandant à la femme de prendre
un rendez-vous (24,3 %) ou associé au résultat du
laboratoire (16,5 %).
-appel téléphonique du médecin (23,7 %) ou de sa
secrétaire (24,7 %), surtout en Espagne, lui
proposant une nouvelle consultation en lien avec Ie
résultat du frottis.
A cette annonce, les femmes ont
ressenti :
Principalement de l'anxiété (61 %), de la
panique (30,4 %), du stress (26,4 %).
D'autres sentiments, dans une proportion moindre (
10 %), ont été évoqués : incrédulité, culpabilité,
colère, injustice.
24,7 % des femmes ignoraient la signification de ce
résultat. Après les explications du médecin, seules
33 % d'entre elles se sont senties rassurées, les
autres (50,7 %) restant inquiètes.
Le soutien psychologique du médecin a été évalué à
6,9 sur une échelle allant de 1 (extrêmement seule)
à 10 (parfaitement soutenue).
L'entourage a été d'une importance primordiale :
plus de 93 % des femmes ont parlé de leurs résultats
à un proche.
Le partenaire a été l'interlocuteur privilégié (69,2
%), suivi par une amie (39,9 %) ou la mère (37,2 %).
Le soutien du partenaire a été évalué à 7,5 sur 10.
Au cours du traitement, 53,6 %
des femmes sont restées inquiètes alors que 33 % se
sont dites confiantes.
Le niveau d'information reçue sur la maladie et les
traitements a été jugé « moyen », estimé
respectivement à 5,6 et 5,4, sur une échelle allant
de 1 (pas du tout informée) à 10 (très bien
informée).
Des disparités existaient d'un pays à l'autre, mais
c'est en France que les appréciations ont été les
plus basses.
Quel que soit le pays, le médecin
(76,2 %) a été la source principale d'information
sur la maladie et ses conséquences, suivi par
Internet (40,2 %).
Enfin, au terme de ce questionnaire, 79,1 % des
femmes souhaitent davantage d'informations sur le
cancer du col de l'utérus, les autres maladies
génitales dues à papillomavirus et leurs moyens de
prévention.
> Dr Mathilde FERRY
Source: WAGC (Women Against Ceroical Genter)
Foundation, étude La voix des femmes.

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