|
La curiethérapie en 2010
Le traitement du cancer par une
irradiation locale, ou curiethérapie, permet
d'épargner les tissus sains alentour. Par contre,
tous les organes ne sont pas éligibles. De plus,
seuls les patients atteints d'un cancer en stade
précoce peuvent y prétendre.
La curiethérapie n'est pas nouvelle. Née en 1904
suite à la découverte du radium par Pierre et Marie
Curie, elle a pris petit à petit une place
importante dans l'arsenal thérapeutique de référence
pour combattre le cancer, aux cotés de la chirurgie
(ablation de la tumeur), de la radiothérapie, et de
la chimiothérapie.
Son principe rejoint celui de la radiothérapie et
consiste à irradier la tumeur par un produit
radioactif pour la détruire.
Grande différence cependant : le traitement est très
localisé et permet d'éviter l'irradiation d'organes
alentour.
Toute la dose d'irradiation est concentrée sur la
partie à détruire. «le produit radioactif est
posé directement au contact de la tumeur »,
explique Laurent Chauveinc, ancien chef d'unité de
curiethérapie à l'Institut Curie et actuellement
responsable de la curiethérapie à la Clinique
Hartmann de Neuilly.
Le césium, l'iridium et l'iode
125 sont les principaux corps radioactifs utilisés.
«Cette thérapie est indiquée principalement pour
les tumeurs peu profondes, les cancers
gynécologiques et ceux de la prostate, affirme
le radiothérapeute. Les organes difficilement
accessibles comme le foie ou le pancréas ne sont pas
de bons candidats.
Par ailleurs la curiethérapie ne peut être pratiquée
pour des stades avancés de la maladie. Il faut que
la tumeur soit de petite taille, typiquement moins
de 50 grammes pour la prostate et moins de 4
centimètres pour un organe gynécologique.
Une durée d'hospitalisation assez courte
La durée d'hospitalisation est variable, en général
de deux à cinq jours. L'intervention est beaucoup
mains lourde qu'en chirurgie. Très brève (une
demi-heure en moyenne), elle s'effectue sous
anesthésie générale ou sous péridurale.
«le médecin introduit prés de la tumeur une
source radioactive logée dans une aiguille ou un
petit tube en plastique; précise le Dr
Chauveinc. Le patient est ensuite placé dans une
chambre individuelle plombée tant que le produit est
en place. II doit rester alité sans bouger. Enfin,
la source radioactive est retirée. Inutile de
repasser au bloc pour cela.»
Doit-on s'attendre à souffrir? «Peu. Une prise en
charge de la douleur par des antalgiques légers
suffit dans la plupart des cas. »
A la pointe pour le cancer de la prostate
Si ce protocole vaut pour la majeure partie des
patients, les malades de la prostate font exception.
En effet, grâce à une technique importée des
Etats-Unis il y a 11 ans par Laurent Chauveinc, le
traitement du cancer de la prostate par
curiethérapie s'est beaucoup allégé.
Contrairement à
la technique classique, la source radioactive n'est
pas retirée et reste dans le corps du patient
définitivement. L'iode 125 diffuse de façon continue
pendant environ un an.
Avantage principal de cette technique: une
hospitalisation de 48 heures, voire moins, suffit.
En outre, le taux de réussite de la curiethérapie de
la prostate équivaut à celui de la chirurgie, les
complications en moins. Inutile ainsi
d'avoir recours à d'autres traitements,
contrairement à la curiethérapie des autres organes
qui doit s'inscrire dans une stratégie thérapeutique
globale.
«Aujourd'hui, entre 5 000 et 6000
patients atteints du cancer de la prostate ont
bénéficié de ce traitement en France», détaille
le Dr Chauveinc.
Quels effets secondaires ?
Ils dépendent de l'organe traité, mais sont
généralement moins pénibles que ceux relatifs à la
chirurgie. « Si la curiethérapie ne provoque pas
de douleurs gênantes lors du séjour à l'hôpital, des
brûlures à retardement apparaissent localement au
bout de 15 jours », indique Ie Dr Chauveinc.
Après une curiethérapie de la prostate, des douleurs
se manifestent lors de la miction et les patients
urinent en général deux fois plus fréquemment
pendant environ quatre mois. « Par contre, on
observe moins de complications sexuelles âpres une
curiethérapie qu'après une prostatectomie »,
précise le spécialiste.
Apres une curiethérapie gynécologique, la
cicatrisation des tissus du col de l'utérus et du
vagin peut provoquer un rétrécissement et un
raccourcissement du vagin.
Un traitement par hormones substitutives peut dans
certains cas être prescrit afin de maintenir Ie
désir sexuel et le tonus des tissus.
L' avenir de La curiethérapie
Si la curiethérapie n'est pas toute jeune, elle
continue d'évoluer.
De nouveaux protocoles ont émergé ces dernières
années pour simplifier la vie des patients.
Par exemple, les temps d'irradiation peuvent être
morcelés pour écourter la période d'hospitalisation.
Cette curiethérapie « à haut débit de dose» consiste
typiquement à irradier la tumeur 4 à 5 fois durant
une demi-heure avec des sources de forte activité
radioactive.
Le patient peut rentrer chez lui entre les séances.
Autre nouveauté: le bas débit pulsé. Ici, les doses
sont administrées 10 minutes par heure. Le malade
peut ainsi sortir de sa chambre entre les
différentes irradiations. «Mais la curiethérapie
ne connaîtra pas de grand bouleversement, seulement
des ajustements lies aux progrès techniques et
informatiques. Elle est arrivée à maturité»,
conclut le Dr Laurent Chauveinc.

|