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Cancer et Grossesse
Pourrai-je être enceinte après
mon cancer? Mon enfant sera-t-il en bonne santé
malgré les traitements que j'ai reçus ? Ma grossesse
pourrait-elle me faire rechuter ?
Telles sont les principales questions qui taraudent
bon nombre de jeunes femmes ... et les
cancérologues, de plus en plus attentifs à l' envie
de leurs patientes d'être mères.
Augmentation du nombre des cancers féminins parmi
les jeunes femmes, amélioration du pronostic vital
grâce aux thérapeutiques, élévation de l'âge moyen
de la maternité ... Pour toutes ces raisons, les
femmes qui souhaitent avoir un enfant après un
cancer sont de plus en plus nombreuses. Depuis une
dizaine d'années, les cancérologues se montrent plus
réceptifs au désir d'enfant de leurs patientes.
D'autant que certains traitements (chirurgie dans
les cancers gynécologiques, chimiothérapie,
hormonothérapie, et radiothérapie pelvienne)
compromettent ou rendent impossible toute grossesse
ultérieure.
« Dans les cancers du col de l'utérus ou de
l'ovaire, on essaie dans la mesure du possible de
choisir une chirurgie conservatrice afin de
préserver la fertilité des femmes, dit le Pr
Philippe Morrice, oncologue-gynécologue à l'Institut Gustave Roussy de Villejuif.
Chez d'autres patientes, on pourra, après
discussion, opter pour une technique de préservation
de la fonction ovarienne par exemple une
cryopreservation ovarienne, même si ces techniques
sont encore expérimentales. »
Reste que l'on dispose pour l'heure de données
médicales incomplètes sur les liens entre cancer et
grossesse.
Au fait, les oncologues préviennent-ils
systématiquement leurs patientes de l' impact
négatif de certains traitements sur la fertilité ?
Pas toujours. Céline, 40 ans, à souffert d'un
lymphome à l 'âge de 30 ans : « J'ai subi une
radiothérapie et une chimiothérapie. À cette époque,
je ne songeais pas à avoir un enfant. De son coté,
mon médecin ne m'a fourni aucune information quant
aux répercussions de mon traitement sur la
fertilité. Quelques années plus tard, j'ai appris
que ces derniers pouvaient entrainer des stérilités.
J'étais paniquée et révoltée. Heureusement, je suis
tombée enceinte sans problème quelques années plus
tard ! »
La peur d'une rechute
« Il est normal que les oncologues se donnent
d'abord pour mission de sauver la vie de leurs
patientes, affirme le Dr Isabelle Mole-Masson,
psycho-oncologue. Mais il est essentiel que les
femmes soient parfaitement informées sur les
répercussions de leurs traitements sur la fertilité.
Ce qui n'est pas toujours le cas. »
Autre question cruciale : une
grossesse qui survient après un cancer peut-elle
favoriser une rechute ? Selon plusieurs études, la
grossesse n'augmenterait pas le risque de rechute
pour la plupart des cancers à condition de respecter
un délai d'au moins deux ans après les traitements.
La crainte d'une rechute est cependant au cœur des
préoccupations des femmes.
Et pas seulement durant leur grossesse : « J'ai
passé mon contrôle des dix ans l'année dernière,
ajoute Céline. Je me sens guérie, mais
paradoxalement l'idée d'une rechute est encore plus
présente depuis que je suis maman. »
En revanche, Estelle, 34 ans, n'a pu donner corps à
son désir d'enfant. Elle est atteinte d'un Gist (une
tumeur digestive rare et agressive) depuis cinq ans.
Or, les thérapeutiques moléculaires qui lui sont
prescrites peuvent être tératogènes pour le
fœtus : « Au début, j'ai laisse mon désir
d'enfant de cote, car je devais d'abord penser à
moi, raconte la jeune femme. les années passant, mes
amies tombaient enceintes les unes après les autres.
Comme j'ai déjà rechuté deux fois, il est hors de
question d'interrompre mon traitement. J'ai pris
conscience que je n'aurai jamais une vie normale. Du
coup, j'ai décidé de rompre avec mon compagnon, qui
avait très envie d'être père. »
Une décision thérapeutique se prend à plusieurs
Jeanne, elle, n'a eu aucun problème pour tomber
enceinte. À 43 ans, elle attendait son premier
enfant. Cette femme combative à la voix douce était
tout à la joie d'être enceinte. Jusqu'au moment de
la première échographie. le gynécologue diagnostique
alors un gros fibrome. Lors de la deuxième
échographie, on lui annonce qu'elle souffre d'un
gros kyste à I' ovaire, qu'il faut opérer.
« Mais
cela pourrait aussi être un cancer de l'ovaire
», lui glisse son médecin.
Troublée, Jeanne continue
néanmoins à vivre normalement.
Apres l'intervention, on lui annonce qu'elle souffre
d'une tumeur de l'ovaire
« On m'a soumis deux
scenarios: le premier était que je subisse une
hystérectomie et donc que je renonce à mon bébé. le
second était que je poursuive ma grossesse tout en
subissant une chimiothérapie "douce". J'avais 48
heures pour prendre cette décision avec mon
mari. J'ai cru que j'allais devenir folle! J'ai
consulté une psychologue, puis nous avons décidé,
mon mari et moi, de garder ce bébé. Il m'à beaucoup
soutenue tout au long de cette épreuve. »
Une prise de décision délicate qui implique le
couple mais aussi une équipe multidisciplinaire :
oncologue, chimiothérapeute, radiothérapeute,
chirurgien-obstétricien, néo-analogiste, psychologue
... Et une situation qui n'est pas rare : on estime
qu'une femme enceinte sur 2 000 aura un cancer
diagnostiqué pendant sa grossesse.
La grossesse de la dernière chance
Lorsque la maladie est diagnostiquée après le
sixième mois de grossesse, l'enfant ayant atteint le
seuil de la maturité, il est possible de traiter la
mère juste après l'accouchement,
éventuellement déclenché plus tôt. II n'en va pas de
même lorsqu'elle est découverte lors du premier ou
du deuxième trimestre :
« Il y a encore une dizaine d'années, on ne se
posait guère la question : on proposait aux femmes
une interruption médicale de grossesse, remarque
le Pr Morrice. Aujourd'hui, nous tentons de
préserver au maximum la grossesse en donnant aux
patientes des chimiothérapies adaptées à leur état,
afin de leur permettre d'être traitées au mieux et
de protéger la santé de leur bébé. Pour les
patientes atteintes d'un cancer gynécologique, cette
grossesse est souvent la dernière, car les
traitements instaurés n'en permettront pas une
autre. »
Découvrir son cancer pendant sa
grossesse est un traumatisme psychique. À tel point
que certaines femmes, portées par un désir
inconscient de « protéger » leur bébé, s'inscrivent
dans le déni de la maladie.
Ainsi Marianne, qui avait palpé une « boule » dans
son sein, au début de sa grossesse, et devait faire
des examens complémentaires ... qu'elle n'a jamais
effectués ! Son cancer à été diagnostiqué après la
naissance de son enfant.
Quant à Jeanne, qui à accouché par césarienne avant
le terme de sa grossesse, elle a dû subir une
ablation des ovaires et de l'utérus après avoir
donné la vie. Une intervention salvatrice mais d'une
grande violence. Violence contrebalancée par un
instant de douceur : « Juste avant, on à placé
mon bébé sur moi. Sophie a posé sa main minuscule
sur mon visage. C'était comme si elle me
murmurait : courage, ça va aller. »
La jeune maman a eu une chimiothérapie pendant huit
mois. L'ombre du cancer, elle, s'est évanouie au fil
du temps. Aujourd'hui, Jeanne est en rémission.
Sophie à 7 ans. Elle va bien .•
Cancer et désir d'enfants
Certaines femmes optent parfois pour un don
d'ovocytes. Un parcours sinueux, notamment en raison
du faible nombre de donneuses. Par ailleurs, les
dons d'ovocytes restent inaccessibles aux femmes qui
ont subi une ablation de l'utérus dans le cadre du
traitement de leur tumeur, car notre pays interdit
le recours aux mères-porteuses.
« C'est une question complexe mais aussi une
énorme source de frustration pour les femmes,
notamment pour celles qui souffraient d'une tumeur
de bon pronostic et qui sont aujourd'hui guéries
», dit le Pr Morrice.
Et les nouvelles lois sur la bioéthique, prévues
pour 2010, devraient maintenir l'interdiction
de la gestation pour autrui.
Il est aussi des femmes et des couples qui se
tournent vers l'adoption. « Cette idée m'à
effleurée, raconte Estelle. Mais je ne
voulais pas prendre le risque d'exposer un enfant à
une situation douloureuse du fait de ma maladie,
car, pour l'instant, je n'ai aucune perspective de
guérison. » «
Même lorsqu'une femme décide avec son compagnon
d'adopter un enfant, elle ne fait pas pour autant
l'économie du travail de deuil de ne pas pouvoir
donner la vie »,
ajoute le Dr Mole-Masson.

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