|
L'Hormonothérapie dans le cancer du sein
"Quand je
propose une hormonothérapie à mes patientes,
celles-ci sont déjà passées par de multiples
épreuves: la chirurgie, la chimiothérapie, la
radiothérapie ... Elles ont déjà échangé avec de
nombreux soignants et se demandent ce qui va encore
leur tomber sur la tète! "
Le docteur Anne Lesur, onco-sénologue au centre
Alexis Vautrin prés de Nancy et auteur d'un récent
guide sur le sujet (2), sait bien ce qu'endurent les
femmes atteintes d'un cancer du sein.
C'est pourquoi elle prend toujours le temps de
dialoguer avec elles : «J'arrive généralement en
fin de parcours, quand elles pensent être enfin
guéries, et là je leur sors un énième traitement,
qui, de surcroit, va durer cinq ans !
Alors je leur
explique que c'est un traitement d'entretien, qu'il
est beaucoup plus doux que les précédents, qu'il
n'oblige pas a revenir a l' hôpital, et qu'il est
même souvent vécu comme un compagnon de vie, un
paratonnerre qui sécurise.
A tel point que, à la
fin du traitement, les patientes sont parfois
inquiètes de l'arrêter!»
Prévenir le
risque de récidive
Mais à quoi sert au juste l'hormonothérapie?
Certes, les cellules cancéreuses sont censées avoir
toutes disparu avec la tumeur.
Mais un risque de
récidive existe, même s'il est généralement faible.
Le traitement permet de réduire très sensiblement ce
risque:
« Il peut toujours subsister une ou plusieurs
cellules dormantes susceptibles de se réveiller deux
ou trois ans plus tard, explique Anne Lesur.
Or, si ces cellules possèdent des récepteurs aux
hormones féminines (œstrogènes : RH+ c'est à dire
Récepteurs Hormonaux Positifs), elles ont tendance à
se multiplier plus facilement à leur contact. L'idée
est donc tout simplement de les priver d'hormones
afin qu'elles ne se développent pas. »
Aujourd'hui,
l'hormonothérapie fait partie du traitement de tout
cancer du sein RH+.
Les médecins associent
nécessairement leurs patientes à la décision de
suivre ou non une hormonothérapie.
« Je leur
explique que l'efficacité du traitement dépend
essentiellement du stade de leur maladie,
précise Anne Lesur.
Je m'aide pour cela d'un logiciel informatique qui
permet de calculer le risque de rechute en fonction
de l'âge, de la taille de la tumeur retirée ou
encore du nombre de ganglions touchés.
Si le risque est très faible, le traitement ne
s'impose pas nécessairement. En revanche, il peut
s'avérer vraiment efficace pour des situations plus
sérieuses.
Toutefois sa durée est limitée, car il arrive un
moment ou le gain devient insignifiant. »
Il existe
différents types d'hormonothérapie.
Le Tamoxifene, par exemple, agit par compétition
avec les œstrogènes. Autrement dit, il prend la
place des œstrogènes au niveau des cellules et
empêche donc leur action.
D'autres, dits de « suppression ovarienne »,
suppriment directement la production d'hormones par
les ovaires chez les femmes non ménopausées.
Enfin, pour les femmes ménopausées, dont les ovaires
ne fabriquent plus d'hormones, les anti-aromatases
(3) consistent à bloquer la production d'œstrogènes
qui subsiste au niveau des glandes surrénales.
Le choix du traitement dépend donc de l'âge et de
chaque situation personnelle.
En général, l'hormonothérapie est prescrite pour
cinq ans.
Le Tamoxifene et les anti-aromatases sont des
traitements oraux: il s' agit de prendre un comprimé
par jour pendant plusieurs années.
Quant aux traitements de suppression ovarienne, ils
se font sous forme d'injections sous-cutanées,
répétées tous les 28 jours.
Bien
connaitre les effets secondaires
Efficace, l'hormonothérapie n'en demeure pas
moins source de quelques inconvénients. Bien qu'elle
soit globalement bien tolérée, des effets
secondaires peuvent altérer la qualité de vie des
patientes : douleurs articulaires et ou musculaires
chez les femmes ménopausées sous antiaromatases, ou
encore sécheresse vaginale ou kystes de l'ovaire
sans gravité chez les plus jeunes traitées au
Tamoxifene.
Pour ces dernières, une augmentation du risque de
cancer de l'utérus a été décrite.
C'est pourquoi une surveillance gynécologique
régulière est particulièrement recommandée.
Le Tamoxifene favorise les thromboses (obstruction
vasculaire) et est proscrit en cas d'antécédents de
phlébite ou d' embolie.
« En tant que médecins, nous tenons de plus en
plus à prévenir nos patientes de ces effets
possibles, souligne Anne Lesur. Car c'est en
les anticipant qu'on peut mieux les accepter.
De
même, il ne faut pas négliger les bouffées de
chaleur qui sont liées au dérèglement hormonal.
Elles ne surviennent pas chez toutes les femmes
traitées, mais peuvent être vraiment gênantes dans
la vie de tous les jours.
Il faut savoir que ce symptôme est souvent majoré
par l'anxiété et la fatigue. Il n'est pas constant
et peut même disparaitre en cours de traitement.
»
Enfin, le
médecin tient à rappeler une information importante
: « Contrairement au suppresseur ovarien, Le
Tamoxifene ne bloque ni les règles ni la fertilité.
Aussi, les patientes traitées uniquement au
Tamoxifene doivent absolument poursuivre leur
contraception. C'est d'autant plus important que
l'hormonothérapie est "tératogène": pas question de
tomber enceinte pendant la durée du traitement, car
il y a des risques de malformation. »
Heureusement, dès l'arrêt du traitement, une femme
en âge de procréer peut sans problème attendre un
bébé.
Enfin, il est
important de signaler que les traitements n'auraient
pas d'effets majeurs sur la sexualité. « Le
contexte général peut toutefois jouer un rôle
négatif vis-à-vis de la libido, notamment chez une
femme fatiguée, anxieuse, déprimée, avec un conjoint
mal à l'aise, prévient Anne Lesur.
Heureusement, rien n'est jamais figé. C'est pourquoi
j'insiste sur le fait de profiter au maximum des
espaces de parole tout au long du traitement,
notamment dans le cadre des rendez-vous réguliers
avec ses médecins : son cancérologue, mais aussi son
généraliste et son gynécologue. »
En aucun cas
un traitement à base d'hormones
Contrairement
ce que son nom pourrait indiquer, l'hormonothérapie
n'est en aucun cas un traitement a base d'hormones.
« II vaudrait mieux l'appeler traitement à visée
hormonale, voire traitement antihormonal,
remarque Françoise May-Levin, médecin conseil à la
Ligue nationale contre le cancer, puisqu'il
s'agit de bloquer l'action des hormones sur les
cellules.
Il faut également préciser que ce traitement ne
s'applique qu'aux patientes dont les cellules
concernées sont pourvues de récepteurs aux hormones
féminines, ce qui est le cas pour 70 % d'entre
elles. Autrement dit, pour 30 % des femmes, le
traitement ne sera d'aucune utilité. La présence de
ces récepteurs se détecte facilement à l'aide d'un
test biologique. »
Notes
:
1- Une hormonothérapie est également proposée aux
personnes qui ont eu un cancer de la prostate. Ce
sujet sera traité ultérieurement.
2- Idées vraies / idées fausses sur
l'hormonothérapie dans Le traitement du cancer du
sein, Téléchargeable sur
www.alexisvautrin.fr/traitement! hormonothérapie.
3- Principales anti-aromatases: letrozole (Femara®).
anastrozole (Arimidex®). A
savoir que. dans la majorité des cas, les
anti-aromatases sont préférées au Tamoxifene.
Yves LUSSON,
Revue Vivre 2009 T3, n° 343

|