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Pour que le cancer ne soit
plus une fatalité chez le sujet âgé
L'lnstitut national du cancer (INCa) a chargé sa
mission onco-gériatrie d'établir un état des lieux
de la discipline en France.
Le rapport, qui vient d'être publié, propose une
série de recommandations à destination des décideurs
afin que le cancer soit mieux pris en charge chez
les personnes âgées.
Longtemps considérée chez la personne âgée comme une
fatalité, le cancer n'a pas fait l'objet de
dépistage ni même de diagnostic individuel précoce.
Même en présence de signes cliniques, le
diagnostic de cancer est trop souvent retardé,
expliquent les Prs Philippe Courpron et Jean-Pierre
Droz au nom du comité de pilotage de la mission
onco-gériatrie.
Pourtant, comme dans tous les pays développés, on
vit plus longtemps et mieux.
A 76 ans, 1'espérance de vie moyenne est de 5,8 ans
pour les hommes et de 6,7 ans pour les femmes. Quant
au handicap lourd, s'il concerne actuellement 250.000
personnes de plus de 75 ans, il devrait, d'après
divers scenarios prospectifs, diminuer fortement
dans les prochaines années.
Changer le regard.
Le Pr Olivier Saint-Jean (hôpital européen Georges
Pompidou, Paris) et Valérie Butions (économe de la
sante, Lyon) le martèlent:
« Si une voiture finit nécessairement par s'user,
il n'en va pas de même pour les organismes vivants
en raison de leur capacité à s'adapter pour durer.
.. Avec l'âge on ne devient pas défaillant de ses
organes. Il n'y a pas de démence sénile,
d'insuffisance . cardiaque sénile, d'insuffisance
rénale sénile, etc., mais simplement des sujets
ayant payé un prix plus ou moins élevé à des
facteurs toxiques ou morbides au cours de leur
itinéraire de vie. »
Il s'agit, pour les contributeurs au rapport
commandé par le président de l'Institut national du
cancer, le Pr Dominique Maraninchi, d'appeler à
changer le regard que porte la médecine sur les
sujets âges et sur la prise en charge des malades au
grand âge.
« Beaucoup de traitements sont possibles après 80
ans et la demande légitime de prise en charge des
malades très âgés doit être entendue. La sélection
par l'âge n'a plus de sens, elle doit être remplacée
par une prise en charge modulée par le désir des
patients et par le savoir médical »,
soulignent-ils.
C'est d'autant plus essentiel en oncologie, où des
traitements efficaces existent et où la demande de
traitement curatif semble aussi forte que chez les
sujets plus jeunes.
En 2005, le diagnostic de cancer a été posé chez
plus de 90.000 personnes sur les
5 millions que
comptait la population des plus de 75 ans. Cette
population devrait doubler en 2050 et l'incidence
des cancers devrait augmenter.
Près d'un tiers des cancers survient chez les
plus de 75 ans, proportion qui devrait atteindre 50
% en 2050. Déjà, le cancer représente la première
cause de mortalité après 60 ans. Le plan Cancer
2003-2007, dont la mesure 38 avait fixe comme
objectif de « mieux adapter les modes de prise en
charge et les traitements aux spécificités des
personnes âgées », était déjà une reconnaissance de
l'acuité du problème.
Recommandations.
Avec le rapport de l'INCa, pour la première fois, un
état des lieux sur la question propose des
recommandations pour révolution de la politique de
prise en charge des personnes âgées atteintes de
cancer. Celle-ci ne peut se limiter au strict soin
du cancer mais « doit intégrer le patient dans
une globalité bien plus importante que pour un
adulte jeune, dans ses dimensions médicales, psycho-cognitives et sociales », précise le
rapport.
Les membres de la mission insistent sur le niveau
insuffisant des connaissances actuelles sur la prise
en charge du cancer et des autres problèmes de santé
chez le sujet âgé.
Des programmes de recherche doivent donc être
développés en onco-gériatrie.
D'une manière générale, une meilleure coordination
des moyens disponibles de l'oncologie et de la
gériatrie semble nécessaire.
De même, les formations initiales et continues
d'onco-gériatrie pour les médecins généralistes et
les autres professionnels de santé doivent être
développées.
Leurs recommandations spécifiques portent sur les
différents thèmes abordés dans le rapport, en
particulier le dépistage et le diagnostic précoce,
le développement du parcours de soins, les
spécificités des thérapeutiques.
La chirurgie reste la thérapeutique curative la
plus souvent applicable même si des questions
spécifiques se posent à cet âge. La décision doit,
même chez la personne âgée, se fonder sur une
information adaptée et un respect du libre arbitre
du patient.
En cas de troubles des fonctions cognitives, elle
devra être collégiale et s'appuyer sur réévaluation
gériatrique, après avis de l'entourage et de
l'équipe. Elle devra tenir compte d'une appréciation
de la qualité de vie du patient ainsi que du
ressenti de
l'entourage.
Les recommandations vont être intégrées dans les
futures missions des unités de coordination en
onco-gériatrie mises en place par 1'INCa depuis
2006.

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