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Cancers, troubles de la reproduction
Campagne de sensibilisation, films documentaires,
directive européenne Reach*, de nombreuses
initiatives voient le jour pour informer des dangers
que les pesticides font peser sur la santé humaine.
Des certitudes existent aujourd'hui sur l'influence
de ces produits en matière de cancer et de
reproduction.
Dénoncer la logique d'un système qui fait passer le
profit avant la santé de ses enfants, c'est
l'objectif du récent film de Jean-Paul Jaud, "
Nos enfants nous accuseront ".
Le réalisateur y raconte le combat d'une
municipalité du Gard qui finance le passage au
" tout bio " de la cantine scolaire.
Tous les intervenants de ce documentaire font le
constat des ravages de la chimie agricole sur leur
environnement et formulent des propositions
alternatives. De telles initiatives se multiplient
en France, championne d'Europe de l'utilisation de
pesticides.
Mais il faut aussi beaucoup se méfier
des pesticides employés dans d'autres pays du monde.
Ils sont parfois strictement interdits depuis des
années en France et polluent les végétaux que nous
importons hors saison (fraises espagnoles traitées
au Lindane). Comme le répète le Professeur Henri
Joyeux, cancérologue et nutritionniste à Montpelier,
" l'alimentation la plus prudente consiste à
consommer les végétaux de saison, lorsqu'ils
arrivent à maturité chez nous, et à éviter les
cerises et les fraises à Noël, elles sont hors de
prix, n'ont aucun goût, et nous ne savons rien de
leur mode de production "
En novembre, deux associations, HEAL (l'Alliance
santé environnement) et le MDRGF (Mouvement pour le
droit et le respect des générations futures) ont
lancé une grande campagne visant notamment à faire
pression sur les décideurs politiques pour obtenir
l'interdiction des pesticides reconnus nuisibles
pour la santé ou simplement suspectés de l'être.
Perturbations endocriniennes
«Aujourd'hui, nous disposons d'éléments
concordants pour lier l'utilisation de polluants
organiques persistants (POP) à la baisse de
production spermatique et à la hausse de l'incidence
du cancer des testicules, le plus fréquent chez
l'homme jeune, constate Alfred Spira, directeur
de l'Institut de recherche en santé publique
(IReSP). Parmi ces polluants, les pesticides sont
en première ligne. De nombreuses études
épidémiologiques ont contribué à mettre en lumière
les relations entre la présence de ces substances et
la baisse de la production de spermatozoïdes. Ce fut
le cas dans les années 90, notamment pour des
milliers d'ouvriers agricoles sud-américains
contaminés pendant des années par le DBCP (Dibrome
chlore propane), un pesticide aujourd'hui banni, qui
était directement responsable de l'arrêt de la
production de spermatozoïdes chez les ouvriers
agricoles. On a ensuite remarqué des anomalies du
développement sexuel des alligators du lac Apopka,
en Floride, dans lequel on avait accidentellement
déversé des pesticides. A partir de là, des
expérimentations ont permis de confirmer étude
décortiquer le mécanisme de la perturbation
endocrinienne. Les substances organo-chlorées se
fixent sur les récepteurs cellulaires du fœtus au
moment de la différenciation sexuelle. Cela entraîne
des malformations congénitales dans l'enfance, des
troubles de la production spermatique à
l'adolescence, voire le développement de cellules
cancéreuses », conclut Alfred Spira.
Sein, prostate, leucémie
Si des liens indiscutables sont établis entre
pesticides et cancer des testicules, la question de
l'incidence sur d'autres pathologies se pose elle
aussi. « Un débat agite le milieu scientifique à
propos du cancer du sein, poursuit Alfred Spira.
Ce dernier a une origine multifactorielle, mais
il est vraisemblable que les modifications chimiques
de l'environnement constituent l'un de ces facteurs
de risque. Le cancer de la prostate, lui aussi lié à
des dysfonctionnements hormonaux, pourrait également
être concerné par ce type de substances. Enfin, nous
avons des arguments qui nous permettent de penser
que des leucémies chez l'enfant seraient liées à une
exposition aux pesticides pendant la grossesse. »
Quelle prévention?
Si certains risques liés aux comportements
individuels (tabac, alcool) sont évitables, comment
assurer une prévention efficace face aux dangers
pour la santé ?
Certaines précautions s'imposent au quotidien.
L'usage domestique de pesticides pour le jardinage,
par exemple, est loin d'être anodin. Le danger vient
des doses, souvent supérieures à celles
recommandées, mais aussi de 1'exposition répétée aux
produits.
Pendant la période à risque que constitue la
grossesse, les femmes doivent éviter au maximum les
contacts avec des substances chimiques (par exemple
le parabène) contenues dans les cosmétiques, les
parfums, les sprays ...
« Il faut faire évoluer la réglementation,
estime Alfred Spira. C'était notamment l'objet du
colloque qui s'est tenu le 25 novembre 2008. Une
réflexion est menée par le ministère de la Santé et
de l'Environnement sur la possibilité de mettre en
place une labellisation de certains produits au
niveau européen, comme cela se fait au Danemark,
mais c'est compliqué de la transposer au niveau
européen. La directive Reach oblige les industriels
à mieux maîtriser les produits chimiques qu'ils
mettent sur le marché. C'est bien, mais il faut
aller plus loin. Reach doit englober davantage de
substances et permettre de fabriquer des produits de
substitution. Il faut également poursuivre la
recherche pour mettre au point des bio marqueurs
fiables, capables de mesurer les effets des
pesticides sur l'organisme de manière standardisée
et de mieux connaître les interactions des
différentes substances. »
* Reach: enregistrement, évaluation et autorisation
des substances chimiques.
AGRICAN : UNE ÉTUDE SOUTENUE PAR LA LIGUE CONTRE
LE CANCER
Le Grecan (groupe régional d'études sur le cancer
basé à Caen) mène une étude scientifique, en
partenariat avec la Mutualité Sociale Agricole (MSA)
et la Ligue contre le cancer, sur les causes
potentielles des cancers dans le secteur de la
production agricole.
Baptisée Agrican, cette étude, dont les premiers
résultats seront connus fin 2009, repose sur l'envoi
de plus de 600 000 questionnaires à des
agriculteurs, à des femmes d'exploitants et à des
salariés agricoles de 12 départements français.
En savoir plus ?
www.pesticidescancer.eu

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