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Savez-vous ce
qu'est la psycho oncologie ?
Une discipline scientifique et un ensemble de
pratiques cliniques. Les premiers États généraux du
cancer de 1998 l'ont propulsée sur le devant de la
scène. Détresse psychique, anxiété ... Les malades
ont crié que, au-delà de la prise en charge
somatique, ils souhaitaient être écoutés et
accompagnés psychologiquement. Par ailleurs, les
progrès thérapeutiques ont bouleversé les pronostics
des
cancers. Mais les représentations de la maladie sont
toujours aussi terrifiantes.
Au fait, qui sont ils, ces psycho-oncologues ? Des
psychologues cliniciens (diplômés d'un master de
psychologie) ou des psychiatres (médecins
spécialisés en psychiatrie) qui ont acquis une
formation de terrain en oncologie. La plupart
d'entre eux ont un diplôme universitaire de
psycho-oncologie en poche. Leur objectif est d'aider
les malades à puiser en eux-mêmes des ressources
psychologiques pour traverser au mieux cette crise.
Une autre mission leur incombe : l'accompagnement
des proches et des soignants. « On a compris qu'on
ne pouvait pas faire alliance avec un patient et
travailler avec lui dans le temps, le soutenir; le
traiter si, en amont, on ne l'accompagne pas dans
les différents stades de la prise en charge »,
souligne Pascale Caudron, psychologue à l'hôpital
Beaujon de Clichy.
Intervenir à tous les stades, oui, mais pas
forcément dès l'annonce du diagnostic. Par
conséquent, les psychologues doivent s'adapter aux
besoins des malades et savoir décrypter leurs
attentes.
Tristesse ou syndrome dépressif ?
Certains moments clés de la maladie sont à haut
risque sur le plan psychologique: ainsi, la fin des
traitements est un cap difficile pour bon nombre de
patients. Idem pour l'annonce d'une récidive: « Les
malades sont en proie à un fort sentiment d'échec,
surtout lorsqu'ils ont subi de très lourds
traitements. Ils ont l'impression que tout cela n'a
servi à rien», déclare Anne-Laure Sedda, psycho
oncologue au centre Oscar-Lambret de Lille.
Les psychologues interviennent à la demande des
patients, mais pas uniquement.
Seul hic : ceux qui auraient besoin d'être soutenus
ne vont pas spontanément vers eux. C'est à ce
moment-là que les soignants entrent en scène ! Ils
côtoient les malades quotidiennement et peuvent
repérer ceux qui ne vont pas bien.
Il s'agit d'une mission délicate puisqu'un patient
peut très bien pleurer à chaudes larmes sans pour
autant avoir besoin de consulter un psychologue.
Ressentir un sentiment de tristesse quand on
traverse une telle épreuve n'est pas incongru.
À l'inverse, les soignants devront pouvoir alerter
le psychologue s'ils détectent chez un patient les
signes d'une forte anxiété ou d'un syndrome
dépressif. À charge pour le psycho-oncologue de les
sensibiliser à la psychopathologie.
Chaque psychologue a sa propre sensibilité et sa
façon de travailler. Certains choisiront de nouer un
premier contact avec un patient en échangeant
quelques mots avec lui au détour d'un couloir. Ils
pourront aussi aller à la rencontre des proches de
cette manière. Des proches qui paient d'ailleurs un
lourd tribut à la maladie et qui sont parfois au
bord de l'épuisement physique et psychique.
Le psychologue est à même d'offrir un soutien
ponctuel. Avec l'accord du patient. « Je me souviens
d'un homme qui souhaitait que je le reçoive sans en
toucher mot à sa femme malade. Je lui ai répondu que
je m'interrogeais sur le sens de sa demande et lui
ai conseillé de voir un autre psychologue du service
», ajoute Anne-Laure Sedda.
La supervision ? Indispensable
Le psychologue est tenu au secret professionnel.
Mais comme il travaille en équipe, il doit restituer
à l'oncologue et aux soignants une partie de ses
entretiens avec les patients. Pas si simple. « Les
éléments intimes de la vie d'un patient ne sont pas
dévoilés à qui que ce soit. On ne transmet aux
équipes que les données utiles à l'amélioration de
sa prise de charge. Ce travail intérieur de
sélection se révèle parfois délicat et source de
dilemmes », reconnaît Anne-Laure Sedda.
La mission du psychologue est aussi de soutenir les
soignants. Ces derniers doivent faire face à des
surcharges de travail, affronter des patients ou des
proches impatients, voire agressifs à leur égard. De
surcroît, ils sont confrontés au décès des patients,
à la souffrance des familles ...
De quoi basculer au fil du temps dans le burn-out,
un syndrome d'épuisement professionnel. Pour leur
éviter d'en arriver là, les psychologues pilotent
des groupes de parole. Durant les séances, les
soignants évoquent leurs souffrances, les situations
traumatisantes...
Mais les psycho oncologues ont eux aussi besoin d'un
lieu où déposer leur propre souffrance. En effet,
ils absorbent « l'angoisse des soignés, et peut-être
plus encore des médecins, qui semblent avoir du mal
à formuler cette angoisse », souligne Pascale
Caudron.
D'où la nécessité de bénéficier de séances de
supervision, réunissant les psycho-oncologues du
service et un superviseur - psychiatre et/ou
psychanalyste - le plus souvent extérieur à
l'hôpital.
C'est l'occasion d'évoquer les émotions qui les
débordent, les réactions de transfert et de
contre-transfert difficiles à gérer ... grâce à la
bienveillance et la clairvoyance de leurs pairs .

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