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2008 04 Psycho-oncologue, à quoi ça sert ? (Les Proches n° 7, 2ème Trimestre 2008)


Savez-vous ce qu'est la psycho oncologie ?


Une discipline scientifique et un ensemble de pratiques cliniques. Les premiers États généraux du cancer de 1998 l'ont propulsée sur le devant de la scène. Détresse psychique, anxiété ... Les malades ont crié que, au-delà de la prise en charge somatique, ils souhaitaient être écoutés et accompagnés psychologiquement. Par ailleurs, les progrès thérapeutiques ont bouleversé les pronostics des
cancers. Mais les représentations de la maladie sont toujours aussi terrifiantes.

Au fait, qui sont ils, ces psycho-oncologues ? Des psychologues cliniciens (diplômés d'un master de psychologie) ou des psychiatres (médecins spécialisés en psychiatrie) qui ont acquis une formation de terrain en oncologie. La plupart d'entre eux ont un diplôme universitaire de psycho-oncologie en poche. Leur objectif est d'aider les malades à puiser en eux-mêmes des ressources psychologiques pour traverser au mieux cette crise.
Une autre mission leur incombe : l'accompagnement des proches et des soignants. « On a compris qu'on ne pouvait pas faire alliance avec un patient et travailler avec lui dans le temps, le soutenir; le traiter si, en amont, on ne l'accompagne pas dans les différents stades de la prise en charge », souligne Pascale Caudron, psychologue à l'hôpital Beaujon de Clichy.

Intervenir à tous les stades, oui, mais pas forcément dès l'annonce du diagnostic. Par conséquent, les psychologues doivent s'adapter aux besoins des malades et savoir décrypter leurs attentes.

Tristesse ou syndrome dépressif ?
Certains moments clés de la maladie sont à haut risque sur le plan psychologique: ainsi, la fin des traitements est un cap difficile pour bon nombre de patients. Idem pour l'annonce d'une récidive: « Les malades sont en proie à un fort sentiment d'échec, surtout lorsqu'ils ont subi de très lourds traitements. Ils ont l'impression que tout cela n'a servi à rien», déclare Anne-Laure Sedda, psycho oncologue au centre Oscar-Lambret de Lille.
Les psychologues interviennent à la demande des patients, mais pas uniquement.
Seul hic : ceux qui auraient besoin d'être soutenus ne vont pas spontanément vers eux. C'est à ce moment-là que les soignants entrent en scène ! Ils côtoient les malades quotidiennement et peuvent repérer ceux qui ne vont pas bien.
 
Il s'agit d'une mission délicate puisqu'un patient peut très bien pleurer à chaudes larmes sans pour autant avoir besoin de consulter un psychologue. Ressentir un sentiment de tristesse quand on traverse une telle épreuve n'est pas incongru.
À l'inverse, les soignants devront pouvoir alerter le psychologue s'ils détectent chez un patient les signes d'une forte anxiété ou d'un syndrome dépressif. À charge pour le psycho-oncologue de les sensibiliser à la psychopathologie.

Chaque psychologue a sa propre sensibilité et sa façon de travailler. Certains choisiront de nouer un premier contact avec un patient en échangeant quelques mots avec lui au détour d'un couloir. Ils pourront aussi aller à la rencontre des proches de cette manière. Des proches qui paient d'ailleurs un lourd tribut à la maladie et qui sont parfois au bord de l'épuisement physique et psychique.
Le psychologue est à même d'offrir un soutien ponctuel. Avec l'accord du patient. « Je me souviens d'un homme qui souhaitait que je le reçoive sans en toucher mot à sa femme malade. Je lui ai répondu que je m'interrogeais sur le sens de sa demande et lui ai conseillé de voir un autre psychologue du service », ajoute Anne-Laure Sedda.

La supervision ? Indispensable
Le psychologue est tenu au secret professionnel. Mais comme il travaille en équipe, il doit restituer à l'oncologue et aux soignants une partie de ses entretiens avec les patients. Pas si simple. « Les éléments intimes de la vie d'un patient ne sont pas dévoilés à qui que ce soit. On ne transmet aux équipes que les données utiles à l'amélioration de sa prise de charge. Ce travail intérieur de sélection se révèle parfois délicat et source de dilemmes », reconnaît Anne-Laure Sedda.

La mission du psychologue est aussi de soutenir les soignants. Ces derniers doivent faire face à des surcharges de travail, affronter des patients ou des proches impatients, voire agressifs à leur égard. De surcroît, ils sont confrontés au décès des patients, à la souffrance des familles ...
De quoi basculer au fil du temps dans le burn-out, un syndrome d'épuisement professionnel. Pour leur éviter d'en arriver là, les psychologues pilotent des groupes de parole. Durant les séances, les soignants évoquent leurs souffrances, les situations traumatisantes...
Mais les psycho oncologues ont eux aussi besoin d'un lieu où déposer leur propre souffrance. En effet, ils absorbent « l'angoisse des soignés, et peut-être plus encore des médecins, qui semblent avoir du mal à formuler cette angoisse », souligne Pascale Caudron.
D'où la nécessité de bénéficier de séances de supervision, réunissant les psycho-oncologues du service et un superviseur - psychiatre et/ou psychanalyste - le plus souvent extérieur à l'hôpital.
C'est l'occasion d'évoquer les émotions qui les débordent, les réactions de transfert et de contre-transfert difficiles à gérer ... grâce à la bienveillance et la clairvoyance de leurs pairs .