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2014_9_Henrietta LACKS à l'origine de la culture cellulaire
par Renaud MARIDET, illustrations Berto MARTINEZ, VIVRE juin 2014 N° 362 pp 40-43

Une longue série de bienfaits a débuté par une tragédie : la mort d'Henrietta Lacks, victime en 1951 d'un cancer du col de l'utérus. Mais les cellules prélevées sur sa tumeur lui ont survécu, et ce fut la première fois que l'on parvint à cultiver des cellules humaines. Ce qui a permis des avancées considérables en médecine et en biologie, dont tout le monde bénéficie aujourd'hui.

La personne qui a permis les plus spectaculaires avancées de ces soixante dernières années dans les domaines de la biologie et de la médecine n'est ni biologiste, ni médecin, ni scientifique. Elle n'en a même jamais rien su. Le seul contact qu'elle ait eu de près ou de loin avec la science a eu lieu à son insu, peu de temps avant sa mort... et ne s'est jamais interrompu depuis. Il s'agit d'Henrietta Lacks, une jeune femme noire américaine, décédée en 1951 d'un cancer particulièrement agressif du col de l'utérus, à l'âge de 31 ans. Issue d'une famille très pauvre de planteurs de tabac, Henrietta Lacks n'avait guère les moyens de s'offrir des soins médicaux.

Lorsque la boule qu'elle ressentait dans son ventre finit par s'accompagner de saignements suspects, elle alla se faire examiner à l'hôpital Johns Hopkins de Baltimore, le seul de la région qui accueillait les patients noirs et dispensait des soins gratuits. C'était aussi un centre de recherche de premier plan, où travaillaient Richard TeLinde, un spécialiste du cancer du col de l'utérus de réputation mondiale, et George Gey, un pionnier de la culture cellulaire. Ce dernier cultivait depuis trente ans des cellules malignes in vitro, espérant découvrir les causes du cancer. Mais jusqu'à présent, les cellules de culture mouraient rapidement, et refusaient souvent de se multiplier.
Quant à Richard TeLinde, il cherchait à prouver que le carcinome in situ et le carcinome invasif étaient en réalité un seul et même type de cancer, mais à des stades différents, et non deux cancers distincts.

George Gey et Richard TeLinde prélevaient donc pour leurs travaux des cellules de toutes les patientes de Johns Hopkins atteintes d'un cancer du col de l'utérus. Dont Henrietta Lacks...

Si les cellules saines prélevées dans l'utérus de cette dernière ne tardèrent pas à mourir, tout comme leur propriétaire, celles prélevées sur sa tumeur se mirent quant à elles à se multiplier à une vitesse déconcertante.
George Gey n'en croyait pas ses yeux : elles doublaient toutes les vingt-quatre heures.

La première lignée de cellules humaines immortelles, baptisée « HeLa » (du nom d'Henrietta Lacks), était née.

Avancées scientifiques majeures
Pour le monde scientifique, ce fut une véritable aubaine.
Jusqu'alors, les cellules humaines cultivées in vitro ne vivaient pas assez longtemps pour permettre des travaux sérieux.
Avec les cellules HeLa, les chercheurs pouvaient désormais disposer d'un matériau fiable, et disponible à volonté, pour des expériences impossibles à mener sur des êtres humains.
De fait, tout le monde en voulut, et George Gey se mit à envoyer, gratuitement, des cultures de cellules cancéreuses d'Henrietta Lacks à qui en demandait. Il les expédia aux quatre coins du monde, du Texas à l'Inde, en passant par le Chili ou l'Europe. Les cellules HeLa sont même allées dans l'espace, afin de tester l'effet de l'apesanteur sur les cellules humaines.

Face à la demande, la première « usine » de culture cellulaire fut créée dès 1952 à l'Institut Tuskegee, l'une des plus prestigieuses universités noires des États-Unis.
Son premier objectif était de permettre de tester à grande échelle le vaccin contre la polio que venait de mettre au point le biologiste Jonas Salk.
Une production de vingt mille tubes de cellules HeLa put ainsi être expédiée chaque semaine dans tout le pays, et l'efficacité du vaccin de Jonas Salk fut démontrée, ce qui éradiqua pratiquement la polio.

Mais ce n'est là que le début de l'incroyable contribution à la science des cellules HeLa. Leur accessibilité, leur dynamisme et leur robustesse en faisaient l'outil idéal pour de nombreuses recherches.
Elles ont ainsi été exposées à toutes sortes de substances et de conditions, et même aux rayonnements atomiques. Elles ont servi à tester des médicaments et des cosmétiques, à sélectionner les agents chimiques les plus efficaces pour la chimiothérapie, à mettre au point des vaccins.
Et leurs apports sont innombrables : avancées spectaculaires en virologie, en biologie cellulaire, en cancérologie, en génétique (identification des chromosomes, compréhension du génome humain, mise au point de thérapies génétiques, clonage, etc.).

Aujourd'hui, les cellules HeLa sont toujours utilisées quotidiennement par des milliers de chercheurs. L'ensemble des cellules produites depuis le premier prélèvement sur la tumeur d'Henrietta Lacks, mises bout à bout, ferait trois fois le tour de la Terre, et pèserait cinquante millions de tonnes !
Et pratiquement tout le monde a bénéficié, un jour ou l'autre, de l'une des avancées scientifiques permises par la lignée HeLa.

L'éthique s'invite
Pourtant, cette formidable épopée a aussi sa face sombre, avec sa succession de manquements à l'éthique, à commencer par le prélèvement de tissus d'Henrietta Lacks sans son consentement.
Si cette pratique était courante à l'époque, la famille Lacks a été traitée avec une singulière légèreté.

Henrietta Lacks aurait pu rester dans l'anonymat le plus complet, tout comme sa famille. Mais les enfants Lacks ont tout de même fini par apprendre en 1973, totalement par hasard, l'existence des cellules HeLa : leur mère qu'ils « croyaient » décédée est toujours, en un sens, « vivante ».
Ces gens très modestes, pratiquement sans éducation, ne savaient pas vers qui se tourner pour obtenir des explications. Ils n'en obtiendront pas davantage lorsque, à la même période, la science a décidé de se pencher sur leur cas.

En 1966, un généticien avait en effet lancé un pavé dans la mare : un grand nombre de lignées de cellules humaines utilisées pour la recherche étaient contaminées par les cellules HeLa, ce qui invalidait de nombreux travaux, et en compromettait d'autres.

Le seul moyen de s'assurer de la non-contamination était de connaître l'ADN des cellules HeLa. Et pour cela, on avait besoin d'échantillons sanguins de la famille Lacks.

Contactés en 1973, les enfants d'Henrietta acceptèrent de donner leur sang, pensant passer des tests de détection du cancer. Ils attendront longtemps, certains dans l'angoisse, des résultats qui ne viendront jamais. En 1975, ils apprennent par un journaliste que des entreprises s'enrichissent en commercialisant des cellules HeLa, tandis qu'eux n'ont pas même les moyens de bénéficier d'une couverture santé.

En 1976, des informations sur leur ADN sont publiées à leur insu dans une revue scientifique. En 1985, un livre diffuse le dossier médical d'Henrietta Lacks — ce qui n'était pas encore illégal —, alors que la famille de la défunte n'y a encore jamais eu accès.

De fait, dans l'histoire déjà longue des cellules HeLa, l'éthique aura progressé beaucoup plus lentement que la recherche scientifique.

Pourquoi les cellules HeLa sont immortelles
L'extraordinaire vigueur des cellules HeLa, leur rapidité de développement restent encore une énigme pour les scientifiques, bien que l'on soupçonne une mutation liée à un virus, le papillomavirus humain, d'en être la cause.

En revanche, on sait pourquoi elles sont immortelles.
On trouve à l'extrémité de chaque chromosome un brin d'ADN, le télomère, qui se raccourcit à chaque nouvelle division, jusqu'à disparaître, signant ainsi le « début de la fin » pour les cellules.
Sauf pour les cellules cancéreuses, capables de régénérer indéfiniment leurs télomères grâce à une enzyme spécifique.
Grâce à cette enzyme, les cellules HeLa ne meurent jamais, et continuent de se reproduire indéfiniment.

La famille Lacks, désormais associée aux travaux sur les cellules HeLa
Pour pouvoir prélever des tissus humains, il faut désormais le consentement des donneurs, et la garantie de leur anonymat.
Ce point est crucial, puisque leur ADN peut mettre à jour des informations sensibles, comme la prédisposition à certaines pathologies.

Dans le cas de la famille Lacks, l'anonymat n'est plus qu'un lointain souvenir.
Mais il a fallu un tollé après le dévoilement, en 2013, d'une partie du patrimoine génétique des cellules HeLa, et donc de la famille Lacks, pour que cette dernière puisse enfin avoir un droit de regard sur la publication d'informations la concernant.
Un comité consultatif, placé sous l'égide des instituts nationaux de santé américains et comprenant des représentants de la famille Lacks, contrôle désormais l'accès aux données sur ces cellules.      

 

   

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