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Des urologues français ont pu
confirmer des cancers de la prostate en faisant
appel à un chien spécifiquement dressé pour
identifier les composés organiques volatils de la
tumeur dans les urines de patients.
L'animal obtient plus de 90 % de bons résultats.
« La preuve de principe présentée ici constitue
un pas en avant et fournit le début, plutôt que la
fin, de l'histoire », écrivent Olivier Cussenot
et son équipe de l'hôpital Tenon (Paris).
L'histoire dont il est question rapporte la
détection de cancers de la prostate par un chien
spécialement entraîné à renifler les urines.
Les excellentes performances de ce berger belge
malinois justifient que les urologues parisiens
évoquent les prémices d'une voie de recherche.
Le travail, de longue haleine, est né de plusieurs
constats. En premier lieu, même si le dosage du PSA
constitue l'outil de détection universel du cancer
prostatique, il manque de spécificité. La quête
d'autres biomarqueurs est active. Et, parmi eux, des
composés organiques volatils (COV) ont été suggérés,
dont la sarcosine, indicateur d'agressivité de ces
tumeurs malignes.
C'est ici qu'interviennent les chiens, puisqu'ils
ont déjà montré des dispositions à identifier, dans
les urines, des cancers du poumon, de la vessie ou
du sein... avec des fortunes diverses.
L'idée de l'équipe parisienne a donc été
d'identifier ces COV grâce à un animal
spécifiquement préparé.
Renifler six flacons d'urine.
Des parcours tests ont été réalisés par le chien, en
double aveugle, sur des urines de
66 patients. Tous avaient été adressés en
consultation pour élévation du PSA ou un toucher
rectal anormal, ils avaient subi une biopsie
prostatique.
Une moitié de la cohorte montrait un prélèvement
positif, l'autre moitié était considérée comme
indemne.
Le chien effectuait plusieurs parcours.
À chaque reprise, il devait renifler six flacons
d'urine (5 témoins, 1 cancer) à travers une
ouverture dans une boîte. Il restait 30 secondes
devant chaque échantillon et était dressé à
s'asseoir devant le flacon que son odorat lui
indiquait comme positif. À la fin des multiples
parcours, le chien a identifié 30 des 33
échantillons positifs.
Il a également jugé comme cancéreuses trois urines
de témoins. Après nouvelle biopsie, l'un de ces
trois patients était effectivement porteur d'une
tumeur maligne.
Sensibilité et la spécificité de la méthode
Jean-Nicolas Cornu et coll. établissent ainsi la
sensibilité et la spécificité de la méthode à 91 %.
Ils ajoutent que la force de leur travail, par
rapport à d'autres études, repose sur l'entraînement
de type professionnel de l'animal.
Une préparation réalisée par une équipe dédiée, sur
un chien formé uniquement à cette recherche.
Le travail français reflète bien l'existence d'une
signature odoriférante du cancer de la prostate.
Elle correspondrait à un ou plusieurs métabolomes.
Pour l'instant non connus, ils pourraient être
déterminés par chromatographie ou spectrométrie.
Critiques de l'étude
Par son côté très
expérimental, ce travail montre quelques faiblesses.
Parmi elles, des résultats obtenus avec un seul
chien, dont la race peut influer sur le flair. Les
patients avaient tous plus de 50 ans.
Les témoins, considérés comme négatifs, avaient un
PSA à 8,3 ± 4,1, ce qui laisse supposer
statistiquement que de 20 à 30 % d'entre eux étaient
atteints d'un cancer prostatique.
Des biais dans la détection d'odeurs (d'origine
alimentaire) n'ont pas été déterminés.
Ce qui n'empêche pas les auteurs de conclure, à
juste titre, que « cette étude ouvre la porte à
la détection des COV dans le dépistage des cancers
de la prostate ».
Seize mois de dressage
Le berger belge malinois recruté pour la détection
des cancers de la prostate est issu d'un lot de
chiots destinés à la détection d'explosifs dans
l'armée française.
Il a été entraîné par la méthode du clicker, où un
bruit (« clic-clac ») est suivi d'une récompense.
L'apprentissage a été fait sur 42 échantillons (dont
16 témoins), il recevait sa balle à chaque « bonne
réponse ».
Deux dresseurs se sont occupés de lui 5 jours par
semaine, d'octobre 2007 à juin 2010, mais la période
d'entraînement spécifique sur les urines a duré 16
mois. Il a appris à s'asseoir devant les
échantillons jugés positifs.
Dr Guy Benzadon. Quotidien
du Médecin, 31 janvier 2011, N° 8896, page 4
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