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Le
professeur Georges Mathé s’est éteint le 15 octobre
2010
à l’âge de 88 ans. Il a joué un rôle important dans
la naissance et le développement de l’immunothérapie
des cancers, mais aussi dans l’organisation de la
recherche en France.
Médecin spécialisé dans l’immunologie et
l’hémato-cancérologie, il avait notamment
pratiqué les premières greffes de
moelle osseuse en 1959.
Né
le 9 juillet 1922, Georges Mathé fit pendant la
guerre partie des Forces Françaises de l’Intérieur,
puis il débuta brillamment sa carrière de médecin en
obtenant la médaille d’or des hôpitaux de Paris en
1947. Il s’intéressa rapidement à l’hématologie lors
de son passage dans le laboratoire de Paul L.
Chevallier à l’hôpital Broussais, et rencontra peu
après le futur prix Nobel de médecine et de
physiologie Baruj Benacerraf (obtenu en 1980 pour
ses travaux sur l’histocompatibilité) dans le
laboratoire de Bernard Halpern.
À
son retour de New York où il fut stagiaire au Memorial
Sloan-Kettering
Cancer Center, Georges Mathé travailla sur les leucémies de
l’enfant avec Jean Bernard et devint directeur
adjoint du centre de recherche sur les
leucémies et les maladies du sang à
l’hôpital Saint-Louis. Il passa ensuite la majorité
de sa carrière à l'hôpital
Paul Brousse, où il fonda l'institut de
cancérologie et d'immunogénétique. Professeur de
cancérologie expérimentale à la faculté de médecine
Paris-Sud de 1966 à 1990, chef du service des
maladies sanguines et tumorales à Paul Brousse de
1980 à 1990.
Greffe de moelle osseuse et immunothérapie adoptive
Au
cours de sa brillante carrière, Georges Mathé s’est
majoritairement intéressé à l’immunothérapie comme
moyen de lutte
contre le cancer et en particulier contre la leucémie.
Découvrant que le bacille de Calmette et Guérin
(B.C.G.) suscite chez son hôte des réactions
apparentées à celles qu’entrainent certaines
tumeurs, il fait la première démonstration de ce
qu’il appellera l’immunothérapie active, ouvrant la
voie de l’immunothérapie des cancers.
En 1959, alors
qu’il effectue des recherches sur les greffes de
moelle osseuse et le problème des incompatibilités,
il est amené à réaliser les premières greffes de moelle
osseuse sur six physiciens irradiés
accidentellement dans une centrale nucléaire de
Yougoslavie. Quatre d’entre eux ont pu être sauvés.
Cette technique pionnière ouvrit la voie vers le
traitement des leucémies par greffe de moelle
osseuse ou immunothérapie adoptive, permettant
d’apporter des cellules immunitaires compétentes à
partir d’un donneur compatible. Georges Mathé put
notamment montrer que la disparition des cellules
cancéreuses était due à la réaction immunitaire du greffon
contre les cellules de l’hôte (cancéreuses mais
aussi saines).
L’immunothérapie active.
L’immunothérapie active a également été développée
par Georges Mathé. Ce moyen de traitement consiste à
activer les voies immunitaires contre les cellules
cancéreuses, en agissant sur les cytokines,
des protéines qui
interviennent dans la régulation des cellules
immunitaires.
Le
traitement s’est avéré efficace dans la lutte contre
le développement des
tumeurs, allant jusqu’à la rémission chez
certains animaux et hommes. Ces travaux ouvrirent la
porte au développement de la technique. Georges
Mathé passa ensuite sa vie et sa carrière à
l’amélioration de l’immunothérapie.
Une carrière reconnue.
Gaulliste, il
fut de 1964 à 1966 conseiller de Raymond Marcellin,
alors ministre de la Santé Publique et participa
activement à la création de l’Institut national de
la santé et de la recherche médicale (I.N.S.E.R.M.)
en 1964 et à la fondation du Centre international de
la recherche sur le cancer de Lyon (C.I.R.C.).
Il créa également l’Organisation européenne de
recherche du traitement du cancer (OERTC),
qui demeure la première institution de recherche
coopérative européenne.
Médecin brillant reconnu par ses pairs et homme de
caractère, Georges Mathé fut plusieurs fois
récompensé pour ses travaux au cours de sa carrière
(prix Léopold-Griffuel en 1994, prix Medawar de la
Société internationale de transplantation en
2002), et un centre anticancéreux a été baptisé à
son nom à Belgrade en 2007.
Ses travaux de recherche menèrent à la publication
de plus de 1.000 articles.
"C’est un pionnier de la cancérologie française qui
vient de disparaître et dont il convient de saluer
l’engagement et l’obstination pour soigner et
changer l’image du cancer" souligne, entre autres
hommages, le Président de la République Nicolas
Sarkozy.
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