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Pas la grande foule mais un public motivé hier
après-midi à Bouvent. Médecins et associations ont
promu le dépistage organisé du cancer du sein lors
d'une manifestation inédite.
Explications d'Anne Bataillard, médecin
coordinateur dépistage dans l'Ain, responsable de
l'ODLC 01, Office De Lutte contre le Cancer Ain. »
Pourquoi donner cette année une ampleur
localement à la campagne nationale de dépistage du
cancer du sein ?
J'avais envie que l'on parle de dépistage du cancer
du sein de façon différente, pas seulement du
médical, avec une vision plus large de promotion de
la santé, avec une vision de prévention qui passe
par la nutrition, les activités physiques.
Parler de prévention en même temps que de
dépistage, ce n'est pas ajouter de la confusion?
Non. Facteurs protecteurs et dépistage, c'est la
promotion de la santé. Les femmes ménopausées, si
elles pratiquent une activité physique, si elles ont
un bon équilibre alimentaire, ce sont des facteurs
protecteurs du cancer du sein.
Pourquoi y-a-t-il besoin de promouvoir le
dépistage puisque les femmes reçoivent déjà une
invitation pour une mammographie tous les 2 ans
après 50 ans ?
Parce que le taux de participation national est de
55% - il est légèrement supérieur dans l'Ain.
L'objectif c'est d'atteindre 70% de participation au
dépistage chez les 50 à 74 ans, les plus concernées
: On sait qu'on aura un gain de survie de 10 à 15%.
Il faut convaincre les plus réticentes.
Elles ne font pas de mammographie parce qu'elles
peuvent avoir peur de la réponse, que ce n'est pas
leur priorité en temps de crise, même s'il n'y a pas
d'avance de frais. On veut les toucher en leur
parlant d'une autre manière.
Pourquoi le dépistage organisé ne concerne pas
les plus jeunes ?
Avant 50 ans, il y a des cas de cancer mais ils
restent rares et un dépistage organisé coûterait
très cher à la société alors qu'il n'est pas mis en
évidence que cela abaisserait la mortalité. Cela
pourrait changer. Et il ya évidemment les dépistages
individuels.
• 72 400 femmes à convaincre dans l'Ain :
> Le dépistage organisé du cancer du sein
concerne 72 400 femmes de 50 à 74 ans dans l' Ain :
pour elles, une mammographie à réaliser sans frais
tous les deux ans. Le premier courrier de l'ODLC
arrive autour du 50ème anniversaire.
> « En 20 ans, on va vu une augmentation du
nombre de cas dans nos cabinets de généralistes,
a dit le Dr Pascal Pénétrat hier lors d'un débat.
« Le combat pour découvrir vite toute anomalie
dans le sein est important. Pour une tumeur de moins
d' 1 cm, il y a 90 % de chance de guérison».
> Après la campagne « Octobre Rose », les
demandes de rendez-vous chez les radiologues pour
les mammographies augmentent dans les trois mois qui
suivent.
> « Le taux de cancer du sein augmente mais la
mortalité n'augmente pas. On le soigne mieux. On
atteint 85 % de survie après 5 ans » dit Anne
Bataillard.
Propos recueillis par Fabienne Python.
Le Progrès 12 octobre 2009
Paroles de femmes :
Madame
Joëlle MAURE témoignait publiquement au micro
dans la campagne "Octobre rose" à Bouvent :
"Cela ne fait pas très mal une mammographie,
n'exagérons rien.
Ce n'est pas très agréable, mais
mieux vaut subir une mammographie, c'est quand même moins traumatisant que ce qui peut
découler d'une tumeur non dépistée à temps.
Il faut la faire"
Cancer du sein : "Après ça, on est une autre
femme.

« J'ai envie de te dire « tu »... «
Tu m'excuses? » lance Anne-Marie. «
C'est important de parler et de ne pas rester seule
». Agnès lui sourit.
Plus de dix ans les séparent.
Elles ne se connaissaient pas une heure avant, mais
l'expérience partagée du cancer du sein leur donne
une complicité.
Dimanche à Bouvent, elles avaient chacune une raison
de participer à « Octobre rose » : la grosse promo
pour le dépistage organisé du cancer du sein, auprès
des femmes de 50 a 74 ans.
« J'ai 43 ans et je suis touchée par ce cancer
» a témoigné Agnès.
Aux médecins qui soulignaient les forts taux de
guérison (90 %) pour des tumeurs de petite taille,
elle a demandé : « Et quand on a eu une grosse
tumeur ? »
Agnès n'a pas encore de réponse à tout. « Je
voudrais toujours mettre un nom sur le pourquoi,
mais personne ne sait... » dit-elle. « Je ne
me sentais pas concernée. Je n'ai pas compris
pourquoi cela m'est tombé dessus : je n'entre pas
dans la tranche d'âge sensible, je suis très
sportive, je fais attention à ce que je mange, j'ai
allaité mes enfants. Je n'ai pas eu de choc
émotionnel et n'étais pas stressée - mon surnom
c'était même « 2 de tension ! ».
En février, on lui découvre 3,5 cm de tumeur. Dans
les 15 jours, ce fut l'opération, puis des séances
de chimiothérapie et radiothérapie.
« L'équipe médicale vous prend vraiment bien en
charge à Fleyriat. Des jeunes, des dynamiques, a
l'écoute » témoigne la jeune femme. « J'ai eu
confiance parce que tout m' a été bien expliqué
», dit-elle. « A l'annonce du cancer, quand le
médecin m' a parlé de mastectomie, je lui ai dit «
c'est quoi? ». J'ai beaucoup pleuré. J' ai eu besoin
d' en parler en premier à une femme qui avait eu ce
cancer. Et après, on y va >.
Après ? « On est une autre femme » dit Agnès.
Il y a la cicatrice de 16 cm, et un combat pour la
féminité à mener. « Je crois qu'il faut
s'accepter comme on est pour guérir plus vite. On
change aussi de caractère. Je ne supporte plus
d'entendre parler des petits bobos, ni de perdre du
temps en me laissant casser les pieds ! »
reconnait Agnès en riant. « On prend plus soin de
soi. Je fais du yoga. J'étais déjà calme et j'ai
encore gagné en sérénité ! Et je ne remets plus mes
envies au lendemain ».
Fabienne Python. Le Progrès 13 octobre 2009
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