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2009_10 . Le prix Nobel de médecine pour la protection des chromosomes
New York Times : 5 octobre 2009. Quotidien du Médecin 7 octobre 2009

Ces travaux ouvrent aussi des perspectives dans la lutte contre le cancer.

Le centième prix Nobel de médecine a été attribué lundi à trois chercheurs américains Elizabeth Blackburn,  Carol Greider et Jack Szostak pour des découvertes totalement innovantes sur le mécanisme de vieillissement des cellules.

Les trois biologistes, qui enseignent aux États-Unis, ont reçu le prix en raison de leurs travaux montrant « comment les télomères et l'enzyme télomérase protègent les chromosomes du vieillissement », a indiqué lundi le comité Nobel.

Ces découvertes réalisées dans la première partie des années 1980 ouvrent maintenant des perspectives dans la lutte contre le cancer et le vieillissement.

« Lorsque nous avons entamé ces recherches, nous n'avions aucune idée du fait que la télomérase serait impliquée dans les cancers, nous étions simplement curieux de savoir comment les chromosomes restaient intacts », a expliqué Carol Greider, distinguée par le comité Nobel aux côtés de ses deux collègues biologistes, Elizabeth Blackburn et Jack Szostak.

Les télomères, composés d'ADN, situés aux extrémités des chromosomes, ont la particularité de raccourcir au fil des divisions cellulaires.
Le jour où leur taille devient insuffisante, la cellule n'a plus la possibilité de se multiplier et meurt.

La télomérase, une enzyme découverte par les chercheurs primés par le Nobel hier, elle, a la formidable capacité d'inhiber ce raccourcissement des télomères impliqués dans la sénescence des cellules.

De là à croire que l'on a découvert le secret de l'immortalité de l'homme, il n'y a qu'un pas que l'on ne peut absolument pas franchir !

En réalité, cette télomérase ne s'exprime que dans les cellules souches (embryonnaires ou pas).
Mais elle est aussi réactivée dans certaines tumeurs cancéreuses et jouerait un rôle dans la prolifération tumorale.
Elle contribuerait sans doute au moins en partie à expliquer l'immortalité de certaines lignées de cellules malignes.

Au centre de ce prix Nobel, deux défis majeurs de l'humanité apparaissent, la lutte contre le cancer et le vieillissement, paradoxalement par deux mécanismes opposés, dans un cas l'inhibition de la télomérase, dans l'autre sa stimulation.

« Une des applications potentielles du champ de recherche des télomères est la lutte contre le cancer, explique Jérôme Dejardin (Inserm). La télomérase dans certains cancers - mais pas dans tous - contribue à la prolifération maligne ».

 Des études in vitro montrent que lorsqu'on bloque la télomérase, la prolifération des cellules cancéreuses s'épuise.

Beaucoup de firmes pharmaceutiques s'intéressent à ces travaux. Plusieurs essais cliniques sont en cours chez des malades atteints de cancer, avec des molécules visant à inhiber cette enzyme.

Des vaccins anti-télomérase ont même été mis au point et sont en cours d'évaluation.
Toute la difficulté d'une telle thérapeutique tient au fait que son inhibition contre les cellules cancéreuses pourrait entraîner un vieillissement accéléré des autres cellules.
À moins de mettre au point un traitement purement local.

L'autre application, bien sûr, que l'on espère de ce champ de recherche est la lutte contre le vieillissement.
En offrant aux cellules adultes de l'organisme cette fameuse enzyme, pourrait-on empêcher la sénescence cellulaire et la mort ?
« La recherche sur la télomérase est un des axes majeurs actuels des travaux sur le vieillissement, poursuit Jérôme Dejardin. In vitro, lorsqu'on l'utilise dans des cultures de cellules humaines, elles ne rentrent plus en sénescence...»


Là encore, beaucoup de firmes américaines travaillent à la mise au point de molécules ne visant pas tout à fait à l'immortalité cellulaire, mais presque.
« On a même été jusqu'à fabriquer des souris qui vieillissent plus lentement, en leur faisant sur-exprimer la télomérase, explique le Pr Éric Gilson (spécialiste en biologie moléculaire, faculté de médecine de Nice).

Là encore, toute la difficulté tient au fait qu'en accroissant l'activité de cet enzyme de jouvence contre la sénescence on élève aussi le risque de prolifération cancéreuse...

Un champ d'exploration immense a été ouvert avec la découverte des télomères.
« Il touche toutes les maladies, et elles sont nombreuses, qui sont associées à une prolifération cellulaire. Pas seulement le cancer. Mais 'autres affections liées à des phénomènes de vieillissement précoce et des troubles du renouvellement cellulaire », ajoute le Pr Éric Gilson.

Si l'on en croit les chercheurs que nous avons interrogés, les lauréats du Nobel 2009 méritent vraiment leur distinction.
Même si leur voie a été bien sûr tracée par de nombreux autres savants en génétique et notamment par Hermann Muller et Barbara McClintock, tous deux Prix Nobel de médecine, qui avaient déjà eu chacun à leur manière, l'intuition de l'existence des télomères, mais n'en avaient pas complètement décrypté le fonctionnement ni les applications potentielles.

Une horloge du vieillissement :
C'est un Nobel tout à fait raisonnable et mérité
», déclare le Professeur Axel Kahn.

« La découverte de la télomérase était incontestablement une découverte nobélisable. Cette enzyme très particulière permet de réparer les brins d'ADN rabotés à chaque division cellulaire dans deux situations différentes : heureusement au cours du développement embryonnaire, et malheureusement dans les cancers. »

« La télomérase, qui évite le raccourcissement progressif des fragments des bouts de chromosomes, est ensuite inactivée à la fin du développement embryonnaire, hormis dans les cellules souches, explique le généticien.
C'est la raison pour laquelle la taille des extrémités des chromosomes est une horloge du vieillissement.
Une fois la période embryonnaire passée, chaque division cellulaire entraine inexorablement un raccourcissement progressif des extrémités des chromosomes. La taille des télomères est ainsi un des marqueurs du vieillissement .

Dans les cancers, il existe une réactivation pathologique de la télomérase. Les cellules peuvent alors se diviser sans connaitre le phénomène de la sénescence, qui limiterait la croissance tumorale».

 « Pour les applications en médecine, la télomérase permet de comprendre les phénomènes de vieillissement. Mais il n'est évidemment pas question de lutter contre le vieillissement en réparant les télomères. Certains l'imaginent peut-être mais ça relève davantage de la science-fiction,commente le Pr Kahn.
En revanche, comme cible potentielle anticancéreuse, il y a d'ores et déjà des essais thérapeutiques précliniques sur les inhibiteurs des télomérase. »

 

 

   

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