" Plus préoccupant que les antennes ".
En avril, à la table ronde sur la téléphonie mobile
(le «Grenelle des ondes»), le ministre de la Santé,
Roselyne Bachelot, a rappelé les dangers du
portable : Pendant que l'on se demande si les relais
installés sur nos toits doivent être «bridés» à
moins de 0,6 volt par mètre (V/m, l'unité de mesure
du champ électromagnétique), on oublie qu'un coup de
fil sans oreillette expose à un rayonnement bien
plus intense, comme le montrent les tests de la
revue CAPITAL, réalisés par un laboratoire
spécialisé.
L'étude a été faite en ville à pied, à
100 km/h, et à 300 km/h.
A 300 km/h, le portable s'affole à chaque
changement de relais
La revue CAPITAL a analysé des appels en milieu
urbain, mais aussi dans un TGV à pleine vitesse: Le
magazine «Auto Plus» ayant révélé que les ondes
étaient plus intenses dans une voiture en marche, la
revue CAPITAL a voulu savoir ce qu'il en était dans
un train roulant à 300
km/h.
Résultat ? En ville, quand votre mobile accroche le
réseau après composition du numéro, il émet 8 V/m
puis oscille entre 3 et 4 V/m.
En TGV, non seulement le pic initial est presque
trois fois supérieur, mais l'on reste très haut :
pour trouver sa connexion malgré l'obstacle de la
carcasse métallique du train, l'appareil a besoin
d'une puissance élevée, qu'il conserve pour se
reconnecter sans cesse aux antennes successives du
parcours.
Dans les tests de CAPITAL, le mobile changeait ainsi
de relais tous les 1 a 10 kilomètres, soit toutes
les 12 à 120 secondes à 300 km/h.
En TGV, les portables sont donc «à fond» tout le
temps !
Au point qu'un appel passé par votre voisin vous
envoie 8 V/m, autant que le pic initial si vous
téléphoniez dans la rue.
Il faut savoir que même un champ de 3 V/m n'est pas
bénin: c'est le seuil à partir duquel on considère
qu'un appareil électronique perturbe les autres
équipements (ce n'est pas pour rien que l'on doit
éteindre son portable en avion).
Quant aux effets sur l' homme, les niveaux atteints
en TGV restent certes en deçà des normes: la loi
tolère jusqu'a 58 V/m.
Mais, selon une récente résolution du Parlement
européen, ce texte serait «obsolète» maintenant que
de plus en plus de scientifiques accusent les ondes
d'accroitre le risque de migraines, nausées et
fatigue, sans parler de la possible apparition à
long terme de neurinomes (tumeurs du nerf
acoustique), voire de tumeurs cérébrales.
«II n'est pas conseillé de téléphoner en marchant,
alors à 300 à l'heure ... », soupire ainsi le
docteur Pascale Choucroun, membre d'une unité qui
étudie les effets des radiofréquences au CHU de
Brest.
René de Sèze lui-même, responsable de l'unité
toxicologique de l'Ineris et réputé peu hostile aux
opérateurs téléphoniques, s'inquiète de la puissance
des appareils : «La limite réglementaire actuelle
n'est peut-être pas raisonnable», admet-il. En tout
cas, le sujet est chaud: prévue fin 2008, la
publication du rapport «Interphone» de l'OMS, censé
éclairer l'opinion sur les risques de cancers
engendrés par l'usage du téléphone portable, a été
reportée plusieurs fois.
Quand le téléphone est en veille :
Même quand il n'est pas en communication, un
portable émet des ondes
pour rester en contact avec le réseau. En TGV, à
pleine vitesse, l'ensemble des téléphones allumés -
et le train lui-même - crée un champ
électromagnétique quatre fois plus important que
dans la rue.
Lors du passage de l'appel :
Appeler un correspondant ou sa messagerie entraine
un pic de
2 à 4 secondes, qui s'explique par l'effort de l'appareil pour «accrocher"
le réseau et établir la
communication. A bord du TGV, cette pointe atteint
des valeurs élevées.
Pendant la conversation :
En principe, la puissance d'émission du portable
baisse et se stabilise une fois la communication
établie, comme ici en milieu urbain. Mais, lorsque
Le TGV file à 300 km/h, elle reste élevée pour
maintenir la liaison, et connait même de nouveaux
pics chaque fois que le mobile se connecte à un
nouveau relais.
Ainsi les ondes émises par un mobile sont trois fois
plus intenses dans un train rapide que dans la rue.
Méthode de l'enquête :
En mai, à bord d'un TGV Paris-Nantes, la revue
CAPITAL a fait mesurer le champ électromagnétique
d'un portable par un laboratoire indépendant, le Criirem (Centre de recherche et d'information
indépendantes sur
les rayonnements électromagnétiques).
Equipé d'une
sonde isotropique et d'un spectromètre dûment
étalonnés (ce qui garantit la fiabilité des
mesures), un technicien a testé plusieurs
configurations : portable à l'oreille ou utilisation
d'une oreillette,
train en gare, à 100 km/h puis à 300 km/h.
A titre
de comparaison, on a testé les mêmes mobiles pour
des appels passés en plein air, dans les rues de
Paris.
Par souci de rigueur ces tests ont été réalisés sur
trois téléphones différents
En attendant la publication du rapport
«Interphone» de l'OMS, en TGV plus qu'ailleurs,
utilisez une oreillette (les tests ont confirmé que
cela réduisait considérablement l'exposition) et
limitez-vous aux appels nécessaires, en les
écourtant.
C'est bon pour la santé et, de toute
façon, plus agréable et plus correct pour vos
voisins...
(d'après Pierre-Olivier Savreux, revue CAPITAL,
juillet 2009, 124-125.)
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