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Le cancer est il une maladie héréditaire?
Pr Dominique Stoppa-Lyonnet
: Le lien entre hérédité et cancer était
pressenti depuis longtemps .
Ce n'est qu'en 1986 qu'un premier gène de
disposition au cancer a été identifié, le gène RBI.
Une mutation constitutionnelle du gène BRCA 1,
portée par un seul allèle, est associée à un risque
très élevé (90 %) de rétinoblastome dans les
premiers mois de vie. Depuis, grâce au clonage
positionnel, une quarantaine de gènes de
prédisposition ont été identifiés.
Cela étant, on ne peut pas dire que le cancer est
une maladie héréditaire.
Ce que l'on peut dire, c'est que dans un certain
nombre de cas, pas les plus nombreux, il y a une
mutation génétique qui augmente le risque de
développer un cancer.
On sait par exemple que 45 % des femmes présentant
une altération du gène BRCA1 développeront un cancer
du sein avant l'âge de 50 ans.
Comme dans la population générale, ce risque a
augmenté chez les femmes mutées au cours des
dernières décennies : il est deux fois plus élevé
chez les femmes nées après 1940 par rapport à celui
des femmes nées avant 1940.
À partir de cette donnée, va-t-on devoir
multiplier les tests génétiques à titre préventif?
Pr D. S. : Le
Plan cancer a permis un renforcement du réseau de
consultations d'oncogénétique et une augmentation du
nombre de tests réalisés dans les laboratoires afin
d'offrir un meilleur accès aux tests de
prédisposition génétique, notamment pour les cancers
du sein et du côlon.
Entre 2003 et 2006, grâce au soutien de l'Institut
national du cancer (INCa), le nombre de
consultations et de tests génétiques a doublé.
Mais il reste beaucoup à faire dans ce domaine.
Le corps médical est-il bien informé sur ces
possibilités?
Pr D. S. : Il
faut l'avouer, trop de médecins, aujourd'hui encore,
considèrent qu'aucun cancer n'est héréditaire. Même
si rares sont les situations de prédisposition, il
faudrait que les médecins de premier recours aient
le réflexe de poser quelques questions simples pour
repérer les situations familiales à risque (nombre
de cas, âge précoce de survenue d'un cancer, cancers
multiples, etc.).
Et, en cas de doute, qu'ils n'hésitent pas à entrer
en contact avec une consultation d'oncogénétique .
Des diagnostics prénatals et préimplantatoires
dans les formes héréditaires du cancer sont-ils
envisageables?
Pr D. S. : Que
ce soit pour le DPN (Diagnostic Pré-Natal) ou pour
le DPI (Diagnostic Pré-Implantation), le législateur
a laissé la décision d'accéder ou non à la demande
des couples à l'appréciation d'équipes médicales
pluridisciplinaires, au sein des Commissions
Pluridisciplinaires de DPN.
En 2006, l'INCa et l'Agence de la biomédecine ont
commandé un rapport sur la question, qui recommande
de ne pas modifier la loi et de laisser les CPDPN au
centre des décisions.
Ceux-ci attestent de la gravité et de l'incurabilité
de la situation en prenant en compte l'importance
des risques tumoraux, des capacités de traitement et
de prévention, le retentissement sur la qualité de
vie de ces mesures de traitement et de prévention.
L'information et l'accompagnement permettent aux
couples de décider de recourir ou non à un DPN ou un
DPI.
L'autorisation peut être délivrée en particulier
dans des situations de risques très élevés de
cancers survenant dans l'enfance.

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