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D'ici
à quelques années, des micro-organismes guidés par
IRM pourraient transporter des molécules
thérapeutiques au sein des tumeurs. C'est du moins
la stratégie qu'explorent des chercheurs canadiens,
qui ont réussi à diriger le parcours de bactéries
magnéto tactiques à l'intérieur d'une réplique de
vaisseau sanguin humain, grâce à un appareil
d'imagerie par résonance magnétique nucléaire
modifiée.
Chargés de microbilles de polymères qui devraient, à
l'avenir, contenir les médicaments voulus, ces
coursiers bactériens, appelés des nanobots (ou nano
robots), ont les dimensions et les caractéristiques
adéquates pour naviguer dans les capillaires les
plus fins du système sanguin et déposer leur
chargement à l'intérieur des masses tumorales.
« On peut envoyer des robots sur Mars, mais on ne
peut pas cibler une tumeur (qui se trouve) à 2 cm
sous la peau », constate pour « le Quotidien »,
Sylvain Martel, qui dirige l'équipe de l'École
polytechnique de Montréal, responsable de ces
travaux, présentés récemment à la conférence de bio
robotique de l'IEEE*, aux États-Unis. Il note que la
toxicité secondaire de la chimiothérapie, due à la
diffusion du médicament dans l'ensemble de
l'organisme, constitue un obstacle majeur pour le
traitement du cancer. Pour le chercheur canadien, la
mise au point de « véhicules contrôlables» est le
moyen d'éviter cet obstacle en permettant
l'administration d'agents thérapeutiques directement
au niveau de la lésion tumorale.
Des bactéries magnéto tactiques.
Il y a un an environ, la même équipe avait publié un
article décrivant le déplacement totalement
contrôlé, grâce à l'IRM, d'une microbille
ferromagnétique d'un diamètre de 1,5 mm, dans
l'artère carotide d'un porc vivant. Un
accomplissement qui évoquait le voyage dans le
système circulatoire humain du sous-marin
miniaturisé du « Voyage fantastique », le film de
science-fiction réalisé par Richard Fleischer en
1966.
Cependant, les limites de la
technologie sont plus contraignantes que celles de
l'imaginaire. « L'utilisation de l'IRM sur une
particule ferromagnétique artificielle ne permet
d'accéder qu'aux vaisseaux sanguins dont le diamètre
est supérieur à 10 micromètres », indique Sylvain
Martel. Alors que les capillaires qui irriguent les
tumeurs et constituent l'objectif de son équipe ont
des diamètres inférieurs à 4 µm. C'est à ce niveau
que les bactéries magnéto tactiques de type MC-1
interviennent.
Non pathogènes, elles ont un diamètre de 2 µm
environ et des flagelles en forme de tire-bouchon
qui constituent un moteur naturel très efficace. Ces
propriétés leur autorisent une propulsion
indépendante dans les petits vaisseaux sanguins.
D'autre part, ces bactéries possèdent des chaînes
d'organelles magnétiques, appelées magnétosomes, qui
agissent comme un compas de navigation. Grâce à
l'IRM modifiée, les magnétosomes permettent à la
fois un suivi et une manipulation du trajet effectué
par les bactéries. Le contrôle de ce parcours est
géré par un ordinateur dont le rôle est notamment de
changer la direction du champ magnétique pour
diriger la migration vers les régions choisies.
Un autre véhicule à mettre au point.
Découvrir un mode de livraison des médicaments
compatible avec l'anatomie des tumeurs ne suffit
pourtant pas. Un nouvel obstacle reste à franchir
par les scientifiques pour que cette technologie
puisse être mise en pratique. En effet, les nanobots
bactériens, adaptés aux capillaires, ne sont pas
capables de se déplacer contre le courant dans les
vaisseaux sanguins plus importants. Les chercheurs
doivent donc construire un autre véhicule qui
acheminera les bactéries jusqu'au point d'entrée des
artérioles de la tumeur. Ce véhicule de plus grande
dimension sera composé d'un polymère et contiendra,
outre les nanobots, des nano particules
ferromagnétiques servant à transporter le complexe
vers le point d'ancrage. Arrivés à destination, ils
devront être dissous pour libérer leur charge.
Sylvain Martel indique que l'équipe québécoise
possède déjà des transporteurs de ce type, mais il
admet qu'il reste à rendre compatibles entre eux les
différents éléments : bactéries, cargaison et
transporteurs. Une tâche qui, au mieux, devrait
prendre deux ans.
Il faudra également tester la méthode in vivo,
espérer que le système immunitaire ne se
débarrassera pas trop vite des intrus, s'assurer de
l'efficacité de ceux-ci et de l'absence d'effets
néfastes chez l'homme. La liste des étapes restant à
franchir peut paraître longue mais cela n'entame pas
l'optimisme de Sylvain Martel, qui met en avant les
avantages de son approche face à la toxicité « des
méthodes qui existent maintenant».
* Institute of Electrical and Electronics Engineers
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